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Vendée : Du génocide au mémoricide

Broché: 444 pages
Editeur : Cerf (6 octobre 2011)
Collection : Politique
Langue : Français
ISBN-10: 220409580X
ISBN-13: 978-2204095808
Dimensions : 21,4 x 13,4 x 2,6 cm

 Vendée : Du génocide au mémoricide

La France est un pays curieux, prompt à faire la leçon au reste du monde mais incapable de réfléchir sur son propre passé. Le 23 janvier dernier,  le Parlement votait une loi pénalisant la négation du génocide arménien, loi faisant suite à une série de lois mémorielles plaçant l’histoire sous la coupe des politiques. Que l’on soit d’accord ou non, le fait est là : la loi a été votée. Or, n’est-il pas curieux de constater que la classe politique, si prompte à donner des bons et des mauvais points au reste du monde, demeure étrangement silencieuse dès qu’est évoqué le drame de la Vendée ? Comme reconnaître les massacres perpétrés en Vendée c’est mettre à mal le dogme républicain, pas touche ! Depuis bientôt trente ans Reynald Secher se bat pour que soit reconnue cette évidence : en 1793, la Convention et le Comité de salut public se sont rendus coupables d’un massacre qui a toutes les apparence d’un génocide. Contrairement au mythe officiel forgé depuis Michelet, la Vendée a été le théâtre d’une boucherie. Les estimations tournent autour de 120 000 morts, hommes, femmes et enfants. Quant au mot « génocide », il n’est pas usurpé : les Vendéens furent exterminés parce qu’ils étaient Vendéens.

Péguy disait : « Celui qui ne gueule pas la vérité lorsqu’il la connaît se fait le complice des menteurs et des faussaires ! » Rien n’est plus vrai s’agissant de la Vendée. Avec l’auteur, il faut bien le dire, le crier : la Convention a mené là une politique rationnelle, soigneusement pesée, d’anéantissement. Qu’on se souvienne des colonnes infernales, des noyades de Nantes, des exécutions sommaires (nourrissons y compris), embrochés, sabrés, brûlés vifs, etc. Un paroxysme dans l’horreur. Ce génocide, bien peu le dénoncent. Comme il n’est pas à l’honneur de la République, on préfère l’oublier, en enfouir le moindre souvenir. Au crime contre une population s’est ajouté un crime contre la mémoire, un « mémoricide ». Souhaitons qu’un jour la France regarde sans fard ce sinistre passé et que les parlementaires abrogent enfin « les lois d’anéantissement et d’extermination des 1er août et 1er octobre 1793, votées par leurs prédécesseurs. » (p. 15)

 

Reynald Secher, Vendée. Du génocide au mémoricide, Le Cerf, 2011, 444 pages, 24 €

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Histoire Recensions

Solférino : 24 juin 1859

Broché: 218 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (16 février 2012)
Langue : Français
ISBN-10: 226203706X
ISBN-13: 978-2262037062
Dimensions : 20 x 13,2 x 2,6 cm

 Solférino : 24 juin 1859

Le 24 juin 1859, à Solférino, en Italie septentrionale, l’armée franco-sarde emmenée par l’empereur Napoléon III battait l’armée autrichienne placée sous le commandement du tout jeune empereur François-Joseph. A cette époque, les nationalités commençaient tout juste à émerger ; l’Allemagne et l’Italie n’avaient pas encore réalisé leur unité. La guerre de ce temps-là oppose des empires. Elle a généralement lieu sur le sol européen. Plus tard, avec la colonisation, les conflits seront délocalisés outre-mer où l’on voudra se partager le monde à coups de zones d’influence. Sous ce regard, Solférino est une bataille importante car c’est elle qui marque le point de départ de l’unité italienne sous la prédominance de la Maison de Piémont – Savoie. Elle met en jeu des armements modernes : fusil à grande cadence de tir pour les Autrichiens, artillerie moderne chez les Français. Tactiquement, Solférino n’a rien à voir avec Austerlitz et Friedland. Le neveu est une bien pâle copie du grand oncle. La bataille de Solférino voit donc s’affronter deux énormes masses, front contre front, sans idée de manœuvre. Un tel affrontement ne peut que tourner à la boucherie. Le soir de la bataille,  un jeune Suisse du nom d’Henri Dunant parcourt, terrifié, le champ du massacre au milieu des cris de souffrance des blessés. Cette humanité à l’agonie ne peut être abandonnée sans soin : la Croix Rouge est née.

Pierre Pellissier écrit des livres d’histoire comme on les aime : un récit haletant, vivant, haut en couleurs. L’auteur du remarquable Fachoda et la mission Marchand demeure ici conforme à son image : un narrateur aimant raconter des histoires qui s’appuient sur un fond historique sûr. Malgré ou à cause de ces qualités, la lecture de ce Solférino s’avère quelque peu décevante. Deux cents petites pages paraissent trop justes pour relater de manière satisfaisante les préliminaires géopolitiques du conflit, les opérations de la campagne d’Italie de 1859 ainsi que le déroulement en détail de la gigantesque bataille de Solférino, peut-être la première de l’époque moderne, celle qui, en tout cas, est une des premières à ne plus ressembler aux affrontements de l’époque napoléonienne.

 

Pierre Pellissier, Solférino, 24 juin 1859, Perrin, 228 pages, 22 €