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L’identité malheureuse

Broché: 240 pages
Editeur : Stock (9 octobre 2013)
Collection : Essais – Documents
Langue : Français
ISBN-10: 2234073367
ISBN-13: 978-2234073364
Dimensions : 21,4 x 13,6 x 2,8 cm

 L’identité malheureuse

Contrairement à ce qu’un certain déballage médiatique aurait pu faire croire, le dernier livre d’Alain Finkielkraut n’a rien d’une charge contre l’islam ou les banlieues. Il est loin d’être, comme on a pu le lire avec effarement dans un hebdomadaire national, un ramassis de propos de café du commerce. La plumitive qui a écrit cette bêtise connaît-elle Hume, Hobbes, Pascal et les autres philosophes et écrivains convoqués par l’auteur ? Il y a des polémiques qui ne font pas honneur à ceux qui les lancent, mais passons…

A partir de l’affaire du foulard de Creil en 1989, A. Finkielkraut s’interroge sur le présent et l’avenir du pays, plus précisément sur la modalité française de la civilisation européenne. A l’heure de la mondialisation, de l’arasement des frontières, que devient l’identité de la France ? Convoquant historiens, philosophes et écrivains, l’auteur du Mécontemporain se penche avec passion sur un pays où le vivre-ensemble ne va plus de soi. Que nous est-il arrivé ? Quel mauvais génie nous a-t-il entraîné dans une société atomisée, déculturée, où les anciens marqueurs, autrefois unanimement acceptés, ne font plus référence ? L’auteur commence sa réflexion par l’affaire du collège de Creil, lorsque deux adolescentes se voient refuser l’accès du collège pour port d’un foulard islamique. C’est de là qu’est parti le débat qui a vu la France refuser le voile islamique et, de façon plus générale, les signes d’appartenance ostentatoires ? Ce ne sont pas des critères religieux qui ont conduit à l’interdiction, mais la compréhension historique de ce qu’est l’identité de la France, une nation qui a porté au pinacle l’amour courtois, la galanterie et la littérature. La modernité, via ses composantes essentielles que sont la globalisation et l’immigration, est en train d’anéantir l’effort patient et obstiné des anciens. Plus grave, « pour la première fois dans l’histoire de l’immigration, l’accueilli refuse à l’accueillant la faculté d’incarner le pays d’accueil » (p. 115), d’où l’irruption des repentances et de la glorification des minorités. Que devient alors le droit de la majorité, son histoire, sa capacité à incarner l’essence d’une nation ? A l’heure de la bigarrure universelle on ne le sait plus trop, d’autant que ce qui était autrefois chargé de donner un sentiment commun, comme l’Ecole et la Famille, est en panne. Bref, à l’instar de Péguy, A. Finkielkraut, ne pouvant s’empêcher de voir ce qu’il voit, en tire des conclusions pessimistes. Avons-nous encore le choix ? Si on ne l’a plus, il ne nous reste plus qu’à accompagner « une transformation démographique qui n’a donné lieu à aucun débat, qui n’a même été décidée par personne » (p. 214) ; de quoi alimenter un peu plus cette « identité malheureuse ».

 

Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013, 229 pages, 19.50€

 

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