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L’univers à portée de main

Broché : 448 pages
Editeur : FLAMMARION (8 novembre 2017)
Collection : SCIENCE POPULAI
Langue : Français
ISBN-10 : 2081422204
ISBN-13 : 978-2081422209
Dimensions : 24 x 3 x 15,4 cm

Christophe Galfard consacre un gros volume pour expliquer l’univers, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Dans ce voyage intemporel où les choses apparemment les plus simples se trouvent entourées d’une incroyable complexité, il faut heureusement compter sur la pédagogie déployée par l’auteur. Ici, pas de formules mathématiques ni d’équations, mais le désir se mettre la science à portée de tous, avec des mots simples et un petit effort d’imagination. Mystérieux, étrange, surprenant… le voyage auquel l’auteur convie les lecteurs, pour excitant qu’il soit, requiert la plus grande attention tant le monde qui nous entoure voit ses dimensions changer de façon radicale. Voguer par l’imagination au bord extrême de l’univers, à quatorze milliards d’années-lumière de la terre ou se terrer dans les particules les plus élémentaires, tel est le pari lancé par C. Galfard… une sorte de voyage initiatique à la recherche de ce qui anime l’univers depuis sa naissance il y a 13,8 milliards d’années. Par la simplicité et l’intelligence du propos, C. Galfard a le grand mérite de faire progresser le lecteur de quelques pas.

Christophe Galfard, L’univers à portée de main, Flammarion, 2015, 443 pages, 19.90€

L’extrait : « Une particule est une onde qui se balade partout avant de redevenir une particule lorsqu’on la détecte. Je viens de vous prouver que la réalité change dès qu’on essaie de la sonder. » (page 251)

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La langue des médias

Broché : 336 pages
Editeur : L’artilleur (16 mars 2016)
Collection : TOUCAN ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810006962
ISBN-13 : 978-2810006960
Dimensions : 14 x 3 x 22 cm

 La langue des médias

Nous autres, lecteurs, auditeurs, consommateurs compulsifs aux écrans, sommes des éponges. Nous absorbons, souvent sans broncher, les propos torrentiels venus du monde médiatique. Or, il faut s’en méfier. Non pas que les journalistes poussent la fourberie à nous mentir sous des propos riants ou anodins, mais plus simplement parce que, du fait de leur formation et du conformisme qui règne dans la profession, ils sont portés, contrairement au souhait formulé jadis par Péguy, à ne pas voir ce qu’ils voient. Le Journaliste n’est pas là pour donner des informations brutes. Commentateur de l’actualité, son image est de moins en moins neutre et il est devenu un prescripteur d’opinion chargé de dire le bien et le mal. Le pire, c’est que le système médiatique, dans sa toute-puissance, n’a pas érigé de contre-pouvoir. Au contraire, il est devenu une sorte de « fabrique du consentement », de sorte que le conformisme de la pensée semble des plus naturels. Puisque le consommateur consent, il n’a pas à réfléchir. Le livre d’Ingrid Riocreux est une charge puissante contre le moule uniforme dans lequel veut nous enfermer les journalistes et ceux qui les paient.

Ingrid Riocreux, La langue des médias : Destruction du langage et fabrication du consentement, 2017, L’Artilleur, 333 pages, 20 €

L’extrait : « La capacité à se défendre en utilisant au mieux les techniques du discours, la possibilité de prendre la parole dans les assemblées pour faire valoir son point de vue et essayer de rallier les autres à sa cause étaient, par la rhétorique, rendues accessibles à tous. Et la République française qui se flattait de permettre à tous les citoyens de bénéficier de la scolarité se hâta de les priver de la maîtrise des moyens de s’exprimer. » (p. 288)

 

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L’éclipse de la mort

Broché : 224 pages
Editeur : Desclée De Brouwer (20 septembre 2017)
Collection : DDB.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2220088081
ISBN-13 : 978-2220088082
Dimensions : 14 x 1,8 x 21 cm

 L’éclipse de la mort

Véritable Prométhée, l’homme contemporain a-t-il déclaré la mort à la mort ? Oui, et de deux façons, la première se conjuguant pour l’instant au futur, la seconde étant de plus en plus ancrée dans nos mœurs. La fin de la mort est décrétée par le courant transhumaniste, lequel vise à transcender la finitude humaine, de façon à faire advenir un homme nouveau, un homme bionique, rafistolé grâce aux progrès d’une science toute puissante. Quant à l’autre fin de la mort, c’est tous les jours que nous la vivons, dans les journaux, dans les conversations… On ne meurt plus, on disparaît, on nous quitte, comme si le fait de ne plus dire le mot « mort » faisait disparaître la chose. Bien évidemment, la mort existe mais tout indique que l’on veut en finir avec elle, jusqu’à en faire disparaître les codes et la symbolique. Le philosophe Robert Redeker, toujours à l’affût des effets de mode susceptibles de mettre en danger les traditionnelles façons de faire société, remarque les effets délétères de cette mise à distance de la camarde. Outre les appréciations toujours bienvenues d’un auteur toujours prompt à dénoncer les travers de nos sociétés qui se livrent pieds et mains liés à la technique et à la consommation, on retiendra la façon subtile qu’il a de mettre à jour les doutes de l’homme contemporain, « tellement désarmé devant la mort qu’au lieu d’en être dérouté et décontenancé, il préfère la forclore » (p. 157). Ne croyant plus en grand-chose, nous avons pris congé avec ce qui apparaît comme le scandale absolu : le fait de ne plus être. Ayant largué nos traditions, démuni des armes intellectuelles et spirituelles qui autrefois permettaient d’accepter sa fin biologique, nous sommes dans l’incapacité de saisir ce que la mort peut avoir de bénéfique. Et si la mort avait des avantages, demande l’auteur. Après tout, n’est-ce pas elle qui nous fait homme ?

 

Robert Redeker, L’éclipse de la mort, Desclée de Brouwer, 2017, 216 pages, 18€

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La langue des médias

Broché : 336 pages
Editeur : L’artilleur (16 mars 2016)
Collection : TOUCAN ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810006962
ISBN-13 : 978-2810006960
Dimensions : 14 x 3 x 22 cm

 La langue des médias

Nous autres, lecteurs, auditeurs, consommateurs compulsifs aux écrans, sommes des éponges. Nous absorbons, souvent sans broncher, les propos torrentiels venus du monde médiatique. Or, il faut s’en méfier. Non pas que les journalistes poussent la fourberie à nous mentir sous des propos riants ou anodins, mais plus simplement parce que, du fait de leur formation et du conformisme qui règne dans la profession, ils sont portés, contrairement au souhait formulé jadis par Péguy, à ne pas voir ce qu’ils voient. Il existe une langue propre aux médias, sorte de volapuk qui tend à cacher la réalité, à l’amoindrir, à la travestir. Dans ce texte très argumenté, Ingrid Riocreux invite à réfléchir sur la fonction du journaliste. Ici, le journaliste prend la figure du professionnel des médias : le Journaliste (avec majuscule). Celui-ci n’est pas foncièrement malhonnête mais sa formation le pousse inexorablement à suivre les chemins de traverse. Armé d’une bonne conscience en bêton, sûr d’appartenir au camp du Bien, le Journalistes, écrit Ingrid Riocreux, peut écrire et dire n’importe quoi, pourvu qu’il serve la bonne cause. De toute façon, il n’a de compte à rendre à personne. Le Journaliste n’est pas là pour donner des informations brutes. Commentateur de l’actualité, son image est de moins en moins neutre et il est devenu un prescripteur d’opinion chargé de dire le bien et le mal. Le pire, c’est que le système médiatique, dans sa toute-puissance, n’a pas érigé de contre-pouvoir. Au contraire, il est devenu une sorte de « fabrique du consentement », de sorte que le conformisme de la pensée semble des plus naturels. Puisque le consommateur consent, il n’a pas à réfléchir. Le livre d’Ingrid Riocreux est une charge puissante contre le moule uniforme dans lequel veut nous enfermer les journalistes et ceux qui les paient.

 

Ingrid Riocreux, La langue des médias, 2017, L’Artilleur, 333 pages, 20€

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Bienvenue dans le pire des mondes

Broché : 216 pages
Editeur : Plon (17 novembre 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2259251595
ISBN-13 : 978-2259251594
Dimensions : 13,4 x 2,1 x 20,2 cm

 Bienvenue dans le pire des mondes

D’emblée, le ton est donné. Sommes-nous en train d’assister à la victoire – comme annoncée en sous-titre – de ce que les auteurs appellent le « soft totalitarisme » (projet d’un marché mondial financiarisé aux mains d’une minorité fortunée) ? Totalitarisme ! Un mot lourd de sens qui nous renvoie aux cauchemardesques tentatives nazie et communiste. Est-il exagéré et déraisonnable d’utiliser un tel vocabulaire dans nos sociétés d’abondance et de liberté ? Dès l’introduction, les chevaux sont lâchés. Beaucoup de concitoyens n’ont-ils pas le sentiment, tout comme les auteurs, que l’on n’est plus vraiment en démocratie ? Certes, le droit de vote existe toujours mais puisqu’il n’y a pas d’alternative au règne tout puissant du marché – ce que certains appellent le turbo-capitalisme -, tout se conjugue afin de laisser une oligarchie détenir l’ensemble des leviers de commande et livrer les masses à la consommation et au divertissement. L’idée démocratique elle-même a du plomb dans l’aile, « menacée par l’alliance redoutable des marchés financiers et des nouvelles technologies ». Une société démocratique ne fonctionne bien qu’avec une classe moyenne suffisamment forte, un niveau d’instruction et d’éducation de qualité, un ascenseur social qui fonctionne, un niveau d’inégalités raisonnable, la notion partagée de que doit être le bien commun et ainsi de suite. Il faut bien avouer que, de quelque côté que l’on se tourne, la plupart de ces concepts n’ont plus qu’un lointain rapport avec l’idée que l’on s’en faisait naguère. A lire les auteurs, si nos sociétés ne se délitent pas plus rapidement, c’est que l’oligarchie a réussi ce tour de passe-passe consistant à acheter la paix sociale : tant qu’existe un minimum de distribution le système a toutes les chances de s’auto-perpétuer. Il n’y a pas de complot derrière tout cela, mais simplement des intérêts puissants ayant intérêt à ce qu’un pouvoir d’achat minimal, permettant au plus grand nombre de se divertir à son aise, les laisse en paix.

 

Natacha Polony & le Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes, Plon, 2016, 213 pages, 14.90€

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La cour des miracles

Broché : 384 pages
Editeur : Les éditions de l’observatoire (7 juin 2017)
Collection : EDITIONS DE L’O
Langue : Français
ISBN-13 : 979-1032900123
ASIN : B01N3AYAIB
Dimensions : 20 x 3,1 x 13 cm

 La cour des miracles

Un livre signé Michel Onfray est toujours un événement même si, publiant énormément, son auteur risque les redites et les approximations. Nombreux sont les domaines de prédilection d’un philosophe qui n’hésite jamais à se faire historien, historient des idées, de la psychanalyse, de la civilisation occidentale. Michel Onfray n’a jamais caché, même s’il affiche clairement sa résolution de ne plus voter, son intérêt pour la politique. Son dernier livre, La cour des miracles, est le carnet de campagne des dernières élections présidentielles. Michel Onfray raconte les présidentielles, depuis les primates de la droite et de la gauche, vue de sa fenêtre. Il ne le fait pas avec le dos de la cuiller et ose appeler un chat un chat, c’est dire si certains – voire beaucoup ! – en prennent pour leur grade. En plus de quatre-vingts chapitres nerveusement écrits, Onfray distribue les coups, ne trouvant guère d’excuses à une classe politique qui se situe au-delà même de la pure déception. Comme beaucoup de Français, Michel Onfray ne croit plus à la politique et à ses représentants. Il la juge comme une sorte de théâtre d’ombres n’ayant aucune prise sur le réel. Ce n’est pas que la classe politique soit corrompue ou malhonnête, c’est ailleurs que se situe le problème. Notre philosophe est persuadé que, depuis l’adoption du Traité de Maastricht en 1992 et l’arrivée massive de la mondialisation, la part essentielle des décisions politiques est prise à l’extérieur. Dans ces conditions, la politique devient un cirque où l’essentiel consiste à faire comme si. Ce tableau sans concession et un tantinet désespéré nous rappelle la fragilité de la démocratie, laquelle demeure, quoiqu’on en dise, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres » (W. Churchill).

 

Michel Onfray, La cour des miracles, L’Observatoire, 2017, 376 pages, 17€

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Un racisme imaginaire

Broché: 272 pages
Editeur : Grasset (1 février 2017)
Collection : essai français
Langue : Français
ISBN-10 : 2246857570
ISBN-13 : 978-2246857570
Dimensions : 14 x 2,3 x 20,3 cm

 Un racisme imaginaire

La nature humaine est parfois curieuse. Si l’on considère l’histoire politique du siècle dernier, on constate que les ennemis de la démocratie ont toujours trouvé des alliés sincères dans l’autre camp. De tous les pays de l’Europe se sont levés des collaborateurs du nazisme. Quant au communisme, il bénéficiait, en Occident, de l’aide des compagnons de route. Rebelote avec ce que d’aucuns nomment le totalitarisme islamique. Souvent issus de la gauche extrême, des naïfs trouvent toutes sortes d’excuses aux terroristes, nouveaux damnés de la terre qui, dans la conscience des déçus du tiers-mondisme à la sauce socialiste, incarnent l’espérance jadis portée par une classe ouvrière désormais aux abonnés absents. « L’avenir retiendra qu’au XXI° siècle, précise Pascal Bruckner, une large fraction des intelligentsias occidentales pactisa avec le totalitarisme intégriste comme leurs aînés avaient communié avec le nazisme ou le communisme. » (p. 82) L’aliment premier de ce soutien est fourni par la culpabilité post-coloniale. A cause des prétendus péchés commis en Asie ou en Afrique au XIX° siècle, l’Europe n’en a pas fini avec sa mauvaise conscience. En conséquence, elle doit s’excuser, battre sa coulpe. Cela conduit à un embrouillamini intellectuel qui tend à trouver des excuses aux poseurs de bombes, à relativiser la haine qu’ils portent à l’Occident. L’auteur du Sanglot de l’homme blanc n’a pas de mots assez durs à l’égard des collaborateurs des terroristes qui poussent le relativisme jusqu’à ne pas choisir leur camp. Comme il l’écrit, l’anticolonialisme est devenu « le cache-misère des soldats désœuvrés du progressisme » (p. 186) L’essai de P. Bruckner n’est pas un brûlot contre l’islam. Au contraire, il appelle les musulmans à rouvrir les portes de l’interprétation afin de débarrasser leurs Ecritures des ruisseaux de sang qui les innervent. Le souhait est à saluer, mais sera-t-il suffisant ?

 

Pascal Bruckner, Un racisme imaginaire, Grasset, 2017, 256 pages, 19€

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La longue montée de l’ignorance

Broché : 304 pages
Editeur : First (23 mars 2017)
Langue : Français
ISBN-10 : 2412015511
ISBN-13 : 978-2412015513
Dimensions : 14 x 2 x 22,5 cm

 La longue montée de l’ignorance

Il n’est qu’à ouvrir ses yeux et ses oreilles pour se rendre compte de la menace qui vient. Jadis sournoise, elle avance aujourd’hui fièrement, revendiquant son absorption d’une partie de plus en plus importante de la population. Dans un ouvrage solidement étayé, Dimitri Casali revient sur les raisons et l’état des lieux de la catastrophe culturelle que connaît le pays depuis quelques dizaines d’années. Il n’a pas tardé à constater, effaré, les progrès de l’inculture, le manque d’appétit pour le savoir, la relégation aux marges de l’analyse critique et de la capacité d’une réflexion bâtie sur le temps long capable de s’affranchir des impératifs liés à la communication… Dans une première partie, l’auteur s’emploie à définir l’ignorance puis, dans une seconde, à placer celle-ci dans le cadre des nouvelles technologies. Il est vrai qu’Internet, avec ses encyclopédies en ligne, est sans doute un instrument efficace mais qui nuit à l’esprit critique, au raisonnement étayé, à la classification des arguments… bref, à tout ce qui permet de consolider une réflexion honnête et libre. Comment ne pas être d’accord avec le constat dressé par D. Casali : l’inexorable ascension d’une inculture fièrement revendiquée, à commencer dans certains médias qui galvaudent systématiquement la culture et ses expressions ? De même, comme l’auteur, il faut s’inquiéter de l’impérialisme des écrans et de l’imprégnation des réseaux sociaux sur la jeunesse, qui donne une fausse image du savoir, le ringardisant à outrance, et bâtissent la vie sur la seule exigence de l’utilitarisme. Cela dit, l’auteur se cantonne à un constat, ne donnant que rarement quelque possibilité d’échapper à l’invasion de la sottise. Autre faiblesse du livre : le lien religion et culture est trop sommairement traité. Le catholicisme a connu Torquemada, mais aussi saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, Mauriac et Bernanos. C’est dire ainsi le côté un peu superficiel de cette analyse.

 

Dimitri Casali, La longue montée de l’ignorance, First Editions, 2017, 256 pages, 16.95 €

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Scènes de la vie intellectuelle en France

Broché : 240 pages
Editeur : L’artilleur (26 octobre 2016)
Collection : TOUC.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810007373
ISBN-13 : 978-2810007370
Dimensions : 14,2 x 2 x 22 cm

 Scènes de la vie intellectuelle en France

Beaucoup de vérités ne sont pas bonnes à dire. Dès que l’on ose sortir des sentiers balisés par le politiquement correct, toute une meute se lance à vos trousses. Sus à l’outrecuidant qui se permet d’écrire ou de dire ce qui contrevient aux intérêts des rentiers du conformisme. Dans son livre Scènes de la vie intellectuelle en France, André Perrin revient sur quelques affaires qui ont défrayé la chronique depuis l’an 2000. Il en a retenu les plus symptomatiques, celles qui illustrent magnifiquement cette difficulté à débattre en toute sérénité. L’historien Sylvain Gouguenheim a été livré à la vindicte par ce qu’il avait le toupet de relativiser l’apport arabe dans la transmission des grands textes de l’Antiquité ; il ne fallait pas oublier le rôle des moines en Occident, eux qui n’avaient eu de cesse de traduire Aristote ou Galien. S. Gouguenheim attribuait une attention particulière au travail de traduction de Jacques de Venise, dont le rayonnement avait été assuré par les abbés du Mont-Saint-Michel. Autre lieu, autre affaire et même déni des réalités : les réactions offusquées ayant suivi le discours prononcé par le pape Benoît XVI à Ratisbonne, en septembre 2006. D’un texte dense et d’une indéniable hauteur de vue, la presse n’avait retenu que les trois ou quatre lignes dans lesquels le pape soulignait une certaine violence inhérente à l’islam. Encore ne le faisait-il qu’en rapportant les propos de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue.  André Perrin aligne ainsi une dizaine d’affaires qui témoignent d’une vraie difficulté à débattre hors des sentiers battus. Il souhaite tordre définitivement le cou à « des attitudes et des procédés qui rendent impossible un vrai débat » (p. 19), une sorte d’inquisition qui condamne un penseur simplement sur son nom. Dans le pays de Voltaire, a-t-on peur du débat ?

 

André Perrin, Scènes de la vie intellectuelle en France, L’Artilleur, 2016, 239 pages, 20 €

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Les vrais ennemis de l’Occident

Broché : 560 pages
Editeur : L’artilleur (26 octobre 2016)
Collection : TOUC.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810007276
ISBN-13 : 978-2810007271
Dimensions : 14 x 4,5 x 22 cm

 Les vrais ennemis de l’Occident

Sous-titré Du rejet de la Russie à l’islamisation des sociétés ouvertes, le dernier livre d’Alexandre Del Valle vise à alerter une opinion occidentale assoupie des menaces que font peser sur la liberté les groupes affiliés au djihadisme international. Ces derniers sont très nombreux ; on en connaît les plus célèbres grâce aux crimes de masse qu’ils n’hésitent pas à perpétrer : Al-Qaïda, Front al-Nosra et ainsi de suite. Ces divers groupes constituent une internationale du terrorisme dont le but assumé et d’imposer sur terre l’ordre islamique avec, pour point d’appui principal, l’application stricte de la Charia. C’est sans compter sur les bailleurs de fonds de ces divers groupes que sont tous ces Etats avec lesquels les pays occidentaux continuent, comme si de rien n’était, à faire des affaires, Arabie saoudite et Qatar en tête. Disposant de pétrole et de gaz à profusion, ces derniers, quoique volontiers immergés dans la société de consommation, constituent ce que l’auteur appelle les grands pôles du totalitarisme islamiste. Le livre très fouillé d’A. Del Valle montre à quel point les ennemis de l’Occident sont déterminés. Entraînés par une logique folle, ils n’entendent laisser d’autre choix que la conversion ou la mort. Ici, ils se sentent appuyés par des coreligionnaires qui n’ont nulle envie de s’assimiler et pour qui les mots République ou laïcité ne signifient rien. Non content d’identifier clairement la menace, l’auteur tente, dans une dernière partie, de redonner espoir en proposant des pistes d’action. Ces dernières sont très diverses, allant d’un partenariat avec la Russie jusqu’au développement d’énergies alternatives susceptibles de nous affranchir de la dépendance saoudienne ou qatarie. Mais l’essentiel réside peut-être ailleurs : dans la capacité à faire aimer la France, pays d’accueil et terre riche d’un patrimoine séculaire. Un livre qui alerte et enrichit la réflexion.

 

Alexandre Del Valle, Les vrais ennemis de l’Occident, L’Artilleur, 2016, 549 pages, 23 €