Himmler

Broché : 920 pages
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson (28 octobre 2010)
Langue : Français
ISBN-10 : 2350871371
ISBN-13 : 978-2350871370
Dimensions : 24 x 4,7 x 15,5 cm

 Himmler

Ce gros pavé signé de l’historien allemand Peter Longerich porte un sous-titre qui en dit long : « L’éclosion quotidienne d’un monstre ordinaire ». Monstre ordinaire ! Nous pourrions plutôt dire « extraordinaire », Himmler étant sans conteste l’un des plus grands assassins du siècle dernier, ayant à son actif direct le meurtre rationnellement programmé de plusieurs millions de juifs européens, sans compter les tsiganes, homosexuels, opposants politiques, résistants… Chef tout-puissant de la Gestapo et de la SS, Himmler portait un titre unique, celui de Reichführer, en tout état de cause successeur putatif d’Adolf Hitler.

L’ouvrage de Peter Longerich est moins un portrait psychologique d’Himmler que la description de la mécanique qui allait noyer dans le sang une partie notable de l’Europe. On peut regretter qu’une aussi copieuse biographie ne se penche pas suffisamment sur l’évolution personnelle d’un homme falot en criminel omnipotent. Cette réserve faite, comment ne pas applaudir le monumental travail réalisé par l’auteur ?

Au fond, la vie d’Himmler ressemble à la plupart de celle des chefs nazis : ce sont les circonstances qui, pour l’essentiel, expliquent la venue au pouvoir de ces hommes généralement médiocres. Ce sont également les circonstances qui poussent Himmler à la mégalomanie et à ses délires raciaux. Comment lui, catholique pieux à la fin de l’adolescence, glissa peu à peu dans des délires racistes ? Bien plus que son mentor, c’est Himmler qui alla le plus loin dans la volonté d’édifier un homme nouveau, en s’appuyant sur l’antique mythologie nordique et la folle nécessité de la pureté du sang. C’est à Himmler et à ses affidés qu’on doit l’idée folle, inventée peu à peu, de créer une race de seigneurs soumettant à l’esclavage les peuples d’Europe. « Ce qui se dessine en 1942, c’est une utopie d’une brutalité, d’une inhumanité inégalées, où tout est dorénavant possible au nom du pouvoir. Une utopie qui porte la marque très personnelle d’Himmler… » (p. 555).

Agrémentée de quelques photos rarement publiées, enrichie de notes d’une exceptionnelle densité, la biographie écrite par P. Longerich porte la marque des grands livres. Sur ce sujet, il sera dorénavant très difficile d’aller aussi loin que lui.

 

Peter Longerich, Himmler, Editions Héloïse d’Ormesson, 2010, 917 pages, 30 € (disponible en Poche, 12€)

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Lawrence d’Arabie

Broché: 492 pages
Editeur : PERRIN (27 mars 2014)
Collection : Biographies
Langue : Français
ISBN-10: 2262040486
ISBN-13: 978-2262040482
Dimensions : 23,8 x 15,4 x 3,8 cm

 Lawrence d’Arabie

Il est assez normal qu’un personnage de légende comme Thomas Lawrence – alias Lawrence d’Arabie – soit régulièrement un objet d’étude. Celle que lui consacre Christian Destremau vaut la peine qu’on s’y arrête car elle constitue, à coup sûr, une référence en matière de biographie.

Ce qui frappe à travers la vie de ce paladin des temps modernes, c’est moins ses hauts faits d’armes sur un front somme toute secondaire qu’une vie pleine et vite consumée. Ce qui surprend, c’est moins l’aide qu’apporte Lawrence aux tribus arabes désireuses de s’affranchir de l’occupation turque que sa personnalité hors normes. Voyageur impénitent attiré par l’Orient et la civilisation arabe, c’est presque par hasard que Lawrence se retrouve à la tête de la rébellion arabe. Alors qu’il n’a pas encore trente ans, il se lance à corps perdu dans cette lutte colossale. Guerre aux effectifs modestes et qui n’aura qu’un impact limité sur le cours général du conflit, mais conflit titanesque pour ce jeune Irlandais devant, au milieu de guerriers arabes tantôt inconstants tantôt irascibles, faire preuve d’un réel talent de diplomate. C’est là, au milieu de guerriers pour qui il éprouve de l’admiration mais vis-à-vis desquels il conserve une certaine distance, que se forge la légende du grand Lawrence d’Arabie. Christian Destremau ne cache pas les coups de blues de Lawrence, la besogne à toujours recommencer, la difficulté d’entretenir des relations avec des bédouins jaloux et rancuniers, la chaleur accablante du désert, les voyages à dos de dromadaire… Et puis, comme tous les grands hommes, Lawrence a ses faiblesses et ses petitesses, mais elles n’affectent en rien l’admiration que le lecteur peut avoir à l’égard du météore qu’il fut.

Lawrence a mal vécu la fin de la guerre, estimant les Arabes trahis par les traités de paix des années 1919 et 1920. Il tente de sauver les meubles, de sauvegarder la libre fierté de ceux qui ont répondu à son appel. Après l’écriture de ses monumentales mémoires, Les sept piliers de la sagesse, un des sommets de la littérature mondiale, Lawrence s’engage dans la RAF. Souvent déprimé, il voulait vivre dans l’anonymat et échapper aux feux de la rampe.

L’auteur de ce beau Lawrence ne cache rien de la part d’ombre qui habite la vie d’un homme qui n’a pas eu toujours les mains propres. Ce souci d’honnêteté n’entrave en rien le sentiment d’admiration que l’on éprouve à l’égard d’une trajectoire aussi brillante que fulgurante.

 

Christian Destremau, Lawrence d’Arabie, Perrin, 2014, 492 pages, 24.50 €

 

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Montgomery, l’artiste des batailles

Broché: 395 pages
Editeur : PERRIN (7 mai 2014)
Collection : Maîtres de Guerre
Langue : Français
ISBN-10: 2262040842
ISBN-13: 978-2262040840
Dimensions du produit: 21 x 15,8 x 3,4 cm

 Montgomery, l’artiste des batailles

Une très belle collection vient de voir le jour chez Perrin. Evidemment, pour l’apprécier à sa juste valeur, mieux vaut être entiché de l’histoire militaire. Après des volumes consacrés à Hitler, Staline, Patton et Von Manstein, la collection « Les maîtres de guerre » a confié à Antoine Capet, professeur de civilisation britannique à l’université de Rouen, la tâche de rédiger un ouvrage sur Montgomery, le célèbre maréchal britannique qui battit Rommel en Afrique du Nord et contribua à délivrer l’Europe de l’Ouest des griffes nazies. Autant dire que l’auteur réussit pleinement son pari. Il y est aidé par une superbe mise en page accompagnée de photos souvent inédites. Le texte d’Antoine Capet, toujours très vivant, introduit le lecteur au cœur de la stratégie mise en place pour mettre l’armée allemande à genou. L’auteur réussit à éviter l’écueil de la technicité pour mieux mettre en avant le talent et les fautes du maréchal britannique. Au rang de ses talents, la maîtrise de l’événement, la minutie, le souci des pertes humaines et la patience : « Il prépare minutieusement ses batailles, ne connaît pas la panique et ne perd jamais de vue sa stratégie d’ensemble […] ; il s’adapte facilement aux initiatives de l’ennemi et peut changer de tactique avec une rapidité déconcertante… » (p.271) Le talent de Monty ne l’empêche pas de connaître déconvenues et échecs, le plus notoire étant Arnhem, « le pont trop loin », en septembre 1944. Emporté par les succès précédents, Montgomery avait mal apprécié la surprenante capacité de l’armée allemande à se remettre de la défaite de Normandie. Comme beaucoup de grands hommes de cette époque, les défauts de Monty sont au moins aussi égaux que ses capacités : beaucoup d’orgueil, le sentiment d’avoir raison contre tout le monde, la difficulté à reconnaître ses torts… Les grands hommes ont souvent un caractère malcommode : Montgomery ne fait pas exception.

Ce Montgomery est donc un livre passionnant, un petit joyau au sein d’une collection prometteuse.

 

Antoine Capet, Montgomery, l’artiste des batailles, Perrin, 2014, 395 pages, 23 €

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Gorbatchev

Broché: 462 pages
Editeur : PERRIN (6 mars 2014)
Langue : Français
ISBN-10: 2262031436
ISBN-13: 978-2262031435
Dimensions : 23,4 x 15,2 x 3,4 cm

 Gorbatchev

Le temps passe si vite et les événements se bousculent à une allure telle que l’on a parfois l’impression que ce qu’a connu l’Union soviétique de 1985 à 1991 est allé tout droit dans les poubelles de l’Histoire.

La carrière de Mikhaïl Gorbatchev ressemble à celle des apparatchiks de l’ancienne URSS. Elle prend un envol décisif en 1985 lorsqu’il devient secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS). Gorbatchev prend vite la mesure des maux qui accablent le pays : économie à la dérive, irresponsabilité, corruption, etc. Les réformes qu’il lance dans le cadre de la perestroïka ont pour but de faire entrer l’Urss dans le troisième millénaire. Hélas pour lui, s’il est vite populaire à l’Ouest, notamment à cause de la chute du Mur de Berlin, ses mesures de politique interne accumulent les déboires : abandon de puissance, chute de la production, anarchie, freins bureaucratiques… Comment réformer à la va-vite un pays qui a connu soixante-dix ans de glaciation ? Pour ambitieuses qu’elles étaient, les réformes promues par Gorbatchev ne pouvaient s’affranchir des pesanteurs léguées par un système à bout de souffle. Ce qu’en introduction Bernard Lecomte traduit ainsi : « Vouloir instiller un peu de transparence, de démocratie ou de liberté dans un système global dont la matrice était précisément la négation ‘révolutionnaire’ de ces trois valeurs ‘bourgeoises’, c’était en miner les fondements et le condamner à mort. » (p. 9) S’il n’a pas voulu mettre fin au système soviétique et au « socialisme réel » tels qu’ils ont été pratiqués en Europe de l’Est, les réformes promues par Mikhaïl Gorbatchev ont tellement dépassé leur initiateur et exécuteur qu’elles ont finir par exercer un effet dissolvant.

Sans jamais sacrifier à la rigueur du récit historique, Bernard Lecomte parvient à rendre proche et passionnante une histoire dont les conséquences demeurent très présentes. Un livre essentiel pour comprendre la façon dont l’ancienne Union Soviétique a donné naissance aux Etats de l’Europe de l’Est. Un changement primordial dans la course au monde multipolaire des temps qui s’ouvrent.

 

Bernard Lecomte, Gorbatchev, Perrin, 2014, 462 pages, 24 €

 

 

 

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Kennedy : Une vie en clair-obscur

Broché: 240 pages
Editeur : Armand Colin (18 septembre 2013)
Collection : Hors collection
Langue : Français
ISBN-10: 2200279833
ISBN-13: 978-2200279837
Dimensions : 22 x 14,4 x 2,6 cm

 Kennedy : Une vie en clair-obscur

Qui était John Fitzgerald Kennedy ? Tellement a été dit sur sa vie et sa courte présidence que l’on se demande bien ce qu’un livre de plus peut apporter. On vante généralement l’image d’un Kennedy, jeune, beau et dynamique, incarnation de l’Amérique triomphante. Le Kennedy de Thomas Snégaroff dit bien autre chose. Carrière fulgurante, court mais étincelant passage dans l’armée, gloire et aisance, certainement. En contrepoint demeure un négatif qui a longtemps été tu. S’il est aventureux de dire que l’obscurité dépasse ici la clarté, ce Kennedy n’en jette pas moins une lumière crue sur ce fils de politicien, lui-même politicien, catholique, amateur de jolies femmes. Quand les foules voient le play-boy, sûr de lui, toujours bronzé, le symbole d’une Amérique sûre de sa force, l’Histoire voit la douleur d’un homme qui a sans cesse vécu avec des ennuis de santé, cherchant sa personnalité dans l’image que lui renvoient les autres et d’abord les membres de sa famille « Toute sa vie, il aura admirablement joué le rôle que d’autres lui ont attribué » (p. 214). C’est son père, Joseph, qui le pousse à faire une carrière dans la politique, une carrière à l’origine dévolue à Joseph Junior, le fils préféré.

Ambitieux, débordant de vitalité, John F. Kennedy a vécu toute une vie dans la souffrance physique et à l’ombre de la mort. Le livre de Thomas Snégaroff livre l’autre face du rêve américain. Ce Kennedy se lit comme un roman. Manque peut-être quelques pages sur la politique menée par un président dont on ne peut réduire la vie à un mythe.

Thomas Snégaroff, Kennedy : Une vie en clair-obscur, Armand Colin, 2013, 224 pages, 19.90 €

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Staline

Broché: 732 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (29 août 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262034559
ISBN-13: 978-2262034559
Dimensions : 23,8 x 15,4 x 2,8 cm

 Staline

Après s’être attaqué aux biographies de Trotski et de Lénine, l’historien britannique clôt sa trilogie par un autre copieux ouvrage, consacré cette fois à Staline. Comme toujours, la rigueur est de mise. Les sources, nombreuses et diverses, attestent la connaissance quasi-parfaite de l’auteur sur cette période qui couvre en gros la première partie du XX° siècle russe et soviétique. Evidemment, il a déjà été tellement écrit sur Joseph Djougachvili (vrai nom de Staline) que l’on se demande ce que R. Service peut bien apporter de nouveau. A cela on pourrait rétorquer que, si ce n’est pas la biographie la plus enlevée et la plus plaisante, il s’agit en tout cas d’une des mieux documentée, équivalente, dans un genre à peine différent, aux productions d’un Simon Sebag Montafiore, autre spécialiste britannique de la même période.

Presque tout à été dit de la mégalomanie de Staline, de son cynisme et de sa cruauté. Il occupe une place de choix dans le musée des monstres du XX° siècle. Personne, que ce soit dans son  entourage ou parmi ses amis n’est épargné par la paranoïa du dictateur. A partir du début des années 30, il tient tous les rênes d’un pouvoir absolu qui a rarement été atteint dans l’histoire. Ce n’est pas pour rien que certains ont vu en lui un tsar rouge ; son modèle n’est-il pas Yvan le Terrible ? Despote sanguinaire, Staline était également un être plus ambivalent qu’il n’y paraît. Grand lecteur, avide de savoir, écrivain et théoricien, c’était aussi un bourreau de travail qui ne se ménageait pas. Ce qui le passionnait c’était le pouvoir, un pouvoir total sur les hommes et les choses. Son caractère implacable va faire de lui l’adversaire victorieux de l’Allemagne nazie. Sur des monceaux de cadavres Staline sera pour beaucoup dans l’édification de la puissance soviétique.

Dans les rapports d’homme à homme, jusque dans les relations diplomatiques, Staline, Hitler et consorts adoptent des attitudes de truands. Le sort a voulu que ces gangsters aient joui d’un pouvoir sans limites. L’étude de Robert Service éclaire de façon convaincante la psychologie d’un guide (Vojd) qui, en même temps qu’il électrifiait le pays, apportait la famine, la désolation et la mort. Le livre de R. Service est à l’image de son sujet : saisissant !

Robert Service, Staline, Perrin, 2013, 730 pages, 29 €

 

 

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