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Histoire Recensions

Napoléon et de Gaulle

Éditeur : Tempus Perrin (17 septembre 2020)
Langue : Français
Poche : 480 pages
ISBN-10 : 226208792X
ISBN-13 : 978-2262087920
Poids de l’article : 280 g
Dimensions : 10.8 x 2.4 x 17.8 cm

Ne tournons pas autour du pot : ce Napoléon et de Gaulle, signé par ce spécialiste de la Révolution et de l’Empire qu’est Patrice Gueniffey, est un très grand livre d’histoire. Style impeccable, maîtrise totale du sujet, vues en surplomb des personnages et des périodes considérées, Napoléon et de Gaulle est un livre à lire et à relire. Au-delà de la simple comparaison biographique de deux militaires faits pour la politique et la marche des grandes affaires, Patrice Gueniffey dresse un portrait sans concession de l’état du pays. Fini les guerres et les conflits, terminé le temps de jouer à une grande puissance qui n’en a plus les moyens, achevé les grandes ambitions… Reste la médiocrité du quotidien, une classe politique impuissante qui a délégué le pouvoir régalien à des organismes supranationaux. Parmi les autres qualités que l’on peut accorder à ce remarquable ouvrage, retenons les considérations sur l’enseignement de l’histoire et le piètre état de la culture général, les valses hésitations d’un pays qui a troqué la grandeur – laquelle, selon de Gaulle, ne se marchandait pas – aux bêtes joies de la consommation et du divertissement.

Patrice Gueniffey, Napoléon et de Gaulle, Tempus, 2020, 492 pages, 10€

L’extrait : « Pour de Gaulle, l’art du commandement est l’art de cultiver la distance, pour Napoléon l’art de l’effacer. » (p. 247)

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Histoire Recensions

Grandeur et misère de l’Armée rouge

Poche : 400 pages
Editeur : Tempus Perrin (8 janvier 2015)
Collection : Tempus
Langue : Français
ISBN-10 : 2262049289
ISBN-13 : 978-2262049287
Dimensions : 17,7 x 1,8 x 10,8 cm

 Grandeur et misère de l’Armée rouge

La Seconde Guerre mondiale n’a pas fini de livrer des informations. Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri ont interviewé douze vétérans de l’Armée rouge, douze anonymes qui avaient combattu entre 1941 et 1945 dans les rangs de l’instrument de combat qui avait définitivement rogné les ailes de la Wehrmacht. Car, quoiqu’on en dise, la guerre s’est bien moins gagnée sur le Front Ouest, avec le Débarquement du 6 juin 1944 que sur le terrible Front de l’Est, là où les Allemands avaient positionné l’essentiel et le meilleur de leurs forces. Mais, face à une Armée rouge aussi puissante que nombreuse, véritable hydre des temps modernes, la puissante machine de guerre nazie n’a pu vaincre. A la longue, les distances, les conditions climatiques, les erreurs stratégiques ont fini par user une armée d’invasion qui, en juin 1941, était entrée en territoire soviétique comme dans du beurre. Les témoignages livrés aux auteurs révèlent un fait observé depuis bien longtemps. Comme nous venons de le dire, ce sont des éléments précis et objectifs (l’immensité du pays, les rigueurs de l’hiver, le nombre des armes produites…) qui ont vaincu. Mais ces éléments auraient-ils suffi sans le concours de l’héroïsme du peuple soviétique ? En ce sens, la victoire finale de l’Armée rouge tient presque du miracle. Après la terrible répression que connaît l’Union Soviétique dans les années 1930, il n’était pas évident que les Soviétiques se lèvent en masse pour sauver un régime que beaucoup abhorraient. Mais voilà, l’appel au patriotisme a joué à plein. Le combat idéologique a vite cédé la place à la défense de la Rodina, la mère-patrie. Les anciens soldats qui donnent leur témoignage insistent : ils montaient au combat pour la défense de leur terre, pas pour sauver un régime honni. La guerre menée par les Soviétiques ne le fut pas à l’économie ; elle l’a été par le sang et la fureur d’un peuple qui avait le martyre dans les tripes. Comme le dit un des témoins interrogés : « Nous avons gagné cette guerre grâce à la brutalité que nous avons exercée contre notre propre nation. » La vie, en cette époque barbare, ne valait décidément pas chère.

 

Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri, Grandeur et misère de l’Armée rouge, Tempus, 2014, 391 pages, 10 €

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Histoire Recensions

Encyclopédie de la Grande Guerre

Relié: 1810 pages
Editeur : TEMPUS PERRIN (8 novembre 2012)
Collection : Tempus
Langue : Français
ISBN-10: 2262031266
ISBN-13: 978-2262031268
Dimensions : 18,2 x 11,2 x 7,6 cm

 Encyclopédie de la Grande Guerre

Il y a maintes façons de raconter l’histoire de la Première Guerre Mondiale. Beaucoup l’on fait, très classiquement, en empruntant le chemin linéaire emprunté par la chronologie : des déclarations de guerre en cascade qui s’étalent de fin juillet aux premiers jours d’août 14 jusqu’au clairon qui signale la fin des hostilités. Evidemment, une encyclopédie n’a pas pour vocation de dérouler une telle trame chronologique. Dans cette gigantesque Encyclopédie de la Grande Guerre publiée voici dix ans conjointement par Perrin et Bayard, et intelligemment rééditée dans la collection de poche Tempus, tous les aspects de ce conflit planétaire sont passés en revue, offrant ainsi un tableau complet de la guerre. Car celle-ci ne se résume pas aux champs de bataille, au nombre de divisions, de canons et d’avions, aux opérations précédées de milliers – parfois de millions – d’obus destinés soi-disant à emporter la décision et à en finir une bonne fois pour toutes. En plus de la guerre elle-même et des opérations militaires qui lui sont liées, restait à balayer les nombreux domaines dans lesquels leurs effets se sont longtemps fait sentir. La démobilisation et le retour des soldats à la maison, le culte des morts, la reconstruction, l’application des traités, les effets économiques, le sort des réfugiés et des invalides, etc. font l’objet de chapitres écrits par des spécialistes, français et étrangers. Les guerres de ce type étant de phénoménaux accélérateurs de l’Histoire, les auteurs sont allés voir en quoi la Grande Guerre avait par exemple influencé la mode et la musique. Elément essentiel du roman national français, la Grande Guerre aura d’autres conséquences qui mettront du temps à émerger. Par exemple, de jeunes historiens en sont à se demander si la crise de l’autorité, dont on voit depuis quelques décennies les effets jusque dans la vie professionnelle, n’est pas consécutive aux ordres absurdes lancés par certains généraux et dont l’année 1917 vit la contestation la plus sérieuse. Dans son remarquable Siècle de 1914, Dominique Venner a écrit que la Grande Guerre risquait de demeurer longtemps la matrice de la civilisation européenne, quelquefois pour le meilleur, souvent pour le pire.

Cette Encyclopédie est un must, un outil complet pour les passionnés de la période, ceux qui ont déjà une connaissance de cette tragédie dans ses grandes lignes.

 

Stéphane Audoin-Rouzeau & Jean-Jacques Becker, Encyclopédie de la Grande Guerre, Tempus, 2012, 1 810 pages (2 volumes), 25 €

 

 

 

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Recensions Religion

A la recherche du temps sacré

Poche: 263 pages
Editeur : TEMPUS PERRIN (6 février 2014)
Collection : Tempus
Langue : Français
ISBN-10: 2262043434
ISBN-13: 978-2262043438
Dimensions : 17,6 x 10,6 x 2,2 cm

 A la recherche du temps sacré

Publié à l’origine en 2011, A la recherche du temps sacré, du grand médiéviste Jacques Le Goff, fait l’objet d’une heureuse réédition. Tout l’ouvrage consiste en une lecture de la célèbre Légende dorée de Jacques de Voragine. En effet, pour J. Le Goff, La légende dorée n’est rien d’autre qu’une somme sur le temps, « à partir du temps calendaire de la vie quotidienne » (p. 235). Evidemment, il ne s’agit pas du temps de l’homme pressé d’aujourd’hui, mais du temps de l’homme médiéval, un homme à l’espérance de vie précaire et dont une grande partie de l’univers mental est marquée par le sacré chrétien. Le temps sacré médiéval repose sur la division entre le temporal, temps cyclique de la liturgie chrétienne et le sanctoral, marqué par la vie des saints. Dans l’univers surnaturel qui est le sien, Jacques de Voragine tente de raisonner de façon originale, en esprit rationnel. Il découpe l’année liturgique en plusieurs parties, du temps de la rénovation qui commence à l’Avent jusqu’à celui de la réconciliation  qui va du 18 mai (fête de saint Urbain) jusqu’au 27 novembre (saint Josaphat et saint Barlaam). Chacune des périodes (rénovation, réconciliation, pérégrination…) est l’occasion pour Jacques de Voragine d’entreprendre une catéchèse sur de grands noms bibliques ou des saints vénérés au Moyen Age. Chaque notice est à ses yeux une possibilité de catéchèse permettant de montrer qu’il existe un axe chrétien du temps, un début et un achèvement, ce que du reste la liturgie montre sous une autre modalité. C’est  avec un remarquable esprit pédagogique que J. Le Goff nous entraîne dans ce voyage dans la vie des saints, des martyrs et autres docteurs de l’Eglise.

A la recherche du  temps sacré marque la déférence de l’auteur pour Jacques de Voragine. En dépit des apparitions du merveilleux et du surnaturel, La légende dorée est, pour l’époque, une œuvre scientifique dans la mesure où son auteur n’hésite pas à hiérarchiser l’information, à distinguer le bon grain de l’ivraie.

Pour J. Le Goff, l’entreprise du célèbre dominicain était grandiose : « en s’appuyant sur le temps enchanter, sacraliser le monde et l’humanité ». Enchanter le monde ? Voilà qui serait salutaire à l’univers désenchanté qui est le nôtre.

Jacques Le Goff, A la  recherche du temps sacré, Tempus, 2014, 258 pages, 8.50 €

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Histoire Recensions

De la guerre en Amérique

Broché: 350 pages
Editeur : PERRIN (22 août 2013)
Collection : Tempus
Langue : Français
ISBN-10: 2262042721
ISBN-13: 978-2262042721
Dimensions : 17,2 x 10,8 x 4,2 cm

 De la guerre en Amérique

Il existe bien une exception américaine ! Thomas Rabino, dans cet éclairant essai, en donne d’éclatantes preuves. L’ouvrage, dont le titre est un clin d’œil à Tocqueville et à sa Démocratie en Amérique, postule l’idée que la culture de guerre fait partie de l’identité des Etats-Unis. Ceux-ci constituent l’exemple rare, voire unique, d’un pays libre et démocratique qui a élevé la culture des armes à un niveau rarement atteint. Que les Américains aient pris les armes pour acquérir leur indépendance lors de la seconde moitié du XVIII° siècle, soit ! Qu’ils se soient constitués en « arsenal des démocraties » pour abattre le nazisme et le fascisme, cela se conçoit aussi. Par contre, qu’après la Seconde Guerre mondiale ils aient été impliqués dans autant de guerres est plus surprenant. Mieux, c’est la seule démocratie à faire de la force militaire le fondement essentiel de sa puissance. Alors que l’Europe désarme, les Etats-Unis ne cessent d’augmenter leur budget militaire. Ce sont leurs bases et leurs porte-avions qui leur permettent de peser d’un tel poids dans les affaires du monde. Cette force est alimentée par des lobbies, un appareil militaro-industriel énorme et un patriotisme farouche. Les attentats du 11-Septembre ont permis de voir à quel point ce pays était atteint de fièvre guerrière. Dans cet essai percutant, Thomas Rabino dissèque les fondements de la culture de guerre propre à cette belliqueuse nation. Les multiples guerres dans lesquelles le pays a été engagé ainsi que la crainte de la menace terroriste ont sanctuarisé le territoire. Des médias peu objectifs créent une psychose propre à maintenir en armes un pays déjà envahi par quelque 300 millions d’armes individuels. Un patriotisme exacerbé tait toute tentative de s’opposer à cette sacralisation de la guerre. Quant aux opposants, comme le rappelle à satiété l’auteur, ils sont contraints à faire profil bas. L’inclination pour la guerre, et c’est le plus inquiétant, tient pour une grande part à une esthétisation de la violence, à un culte des engins de mort qui, parfois, n’est pas sans rappeler ce qui se passait dans les totalitarismes du XX° siècle. Mais, en l’occurrence, c’est l’appareil démocratique, vocabulaire et structures en tête, qui mène le bal des faux derches.

Toutefois, la conclusion de Thomas Rabino soulève quelque espoir de détente. Les avanies subies à l’extérieur (Irak) et sur son propre sol (la mauvaise gestion de l’ouragan Katrina) imposent de la modération. Il ne faudrait pas que, par un malsain retour de balancier, qu’interventionnistes à tout prix les USA redeviennent ce qu’ils ont été à un moment donné, des isolationnistes frileux.

 

Thomas Rabino, De la guerre en Amérique, Tempus, 2013, 751 pages, 12€

 

 

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Biographies Portraits

Thierry Maulnier

Poche: 453 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (11 avril 2013)
Collection : Tempus
Langue : Français
ISBN-10: 2262041725
ISBN-13: 978-2262041724
Dimensions : 17,6 x 10,8 x 2 cm

  Thierry Maulnier

Thierry Maulnier fait partie de ces intellectuels de droite qui marquèrent le siècle dernier. Très doué (il publie un premier essai, consacré à Nietzsche, à l’âge de 23 ans !) tout en étant quelque peu dilettante, il se fait connaître par une pensée originale. Son amour pour le théâtre de Racine lui vaut de rejoindre le quotidien royaliste L’Action française. S’il se méfie du populisme, il appuie par la plume et le geste les émeutes du 6 février 1934 visant à renverser le régime républicain. Très à droite, le royalise Maulnier, à l’instar de Charles Maurras, est hostile au nazisme car germanophobe. Il quitte Paris durant l’Occupation pour se réfugier à Lyon, capitale du journalisme français jusqu’à l’occupation totale du pays (1942). La voie du journalisme s’offre à lui, une voie qu’il ne quittera plus même si, de façon régulière, il publie des essais consacrés aussi bien à la littérature qu’à la politique. Doté d’une culture très large, Maulnier fait partie de ces intellectuels touche-à-tout nombreux en ces années de guerre puis de reconstruction. Durant la Guerre Froide, comme Raymond Aron, Thierry Maulnier choisit le camp occidental, à rebours de ces nombreux intellectuels tentés par un compagnonnage docile avec le communisme. Journaliste, auteur de pièces de théâtre et de nombreux essais, il est élu à l’Académie française en 1964. Sa disparition en 1988 signe la fin de l’engagement des intellectuels dans le champ public et politique. Avec la mort de Jean-Paul Sartre, de Raymond Aron et de Thierry Maulnier, c’est un peu la fin de l’histoire d’amour des intellectuels avec la politique.
La biographie signée Etienne de Montety, au style toujours très alerte, constitue une intéressante plongée dans le marigot intellectuel et journalistique des années d’avant et d’après-guerre. Pourtant, cette photographie, pour pertinente qu’elle soit, peine à entraîner l’enthousiasme du lecteur. L’auteur du livre n’y est pour rien. Il s’avère tout simplement que l’œuvre de Thierry Maulnier n’a pas résisté au temps. Homme de l’entre-deux, d’un tempérament très mesuré, peut-être a-t-il manqué du panache et de l’acuité qui rendent certaines œuvres impérissables. On aura oublié les livres de Maulnier quand on se souviendra encore de ceux de Mauriac.

Etienne de Montety, Thierry Maulnier, Tempus, 2013, 451 pages, 10 €