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Actualités Recensions

Leurre et malheur du transhumanisme

Broché : 196 pages
Editeur : Desclée De Brouwer (3 octobre 2018)
Collection : DDB.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2220095517
ISBN-13 : 978-2220095516
Dimensions : 13 x 1,5 x 19 cm

Parmi la production livresque hostile au transhumanisme, l’ouvrage d’Olivier Rey se situe en bonne place. Alors que beaucoup sont réticents à faire le saut dans une société où la technologie sera reine et étendra ses rets à l’ensemble des activités humaines, le transhumanisme a inventé des ruses de guerre lui permettant d’amortir les bouleversements qui viennent, par exemple en diffusant la fable selon laquelle il est inutile de lutter contre le progrès et que, les véritables changements étant devant nous, il n’y a pas à s’inquiéter des changements qui ont déjà lieu. Or, écrit O. Rey, ces mutations signent le déjà-là du transhumanisme. Pour le dire autrement, « même ceux à qui le transhumanisme répugne subissent ses effets », parce que l’énergie qu’ils mettent à le critiquer « est souvent autant d’énergie qu’ils ne mettent pas à s’opposer à ce qui s’accomplit à présent » (p. 49). On ne s’en pas compte mais, par bien des côtés, le transhumanisme signe le triomphe post-mortem des théories nazies les plus mortifères. La seule différence, c’est qu’on le fait au nom des droits de l’homme et de l’épanouissement dont tout un chacun a droit.

Olivier Rey, Leurre et malheur du transhumanisme, Desclée de Brouwer, 2018, 194 pages, 16.90€

 

L’extrait : « … prôner le développement technologique sans limite, tout en prétendant  que la démocratie saura prévenir les dérives (…) est une plaisanterie sinistre. » (p. 123)

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Histoire Recensions

Koursk 1943

Broché : 336 pages
Editeur : Perrin (1 mars 2018)
Collection : Domaine étranger
Langue : Français
ISBN-10 : 2262071217
ISBN-13 : 978-2262071219
Dimensions : 15,4 x 2,7 x 21,5 cm

Tout un pan de l’historiographie contemporaine a déjà revisité cette gigantesque confrontation. Jusqu’à ces années passées régnaient deux discours. Côté soviétique était poussé un chant de victoire, la stratégie mise au point par la Stavka (le GQG de l’Armée rouge) était considérée comme la plus à même de briser l’échine de la Wehrmacht. Son de cloche assez similaire en Occident où l’on pensait comme suicidaire l’idée d’Hitler d’attaquer du fort au fort. Le résultat de la bataille semblait donner raison à ces appréciations puisqu’à partir de l’été 43 l’Armée allemande perd définitivement l’initiative sur le front russe. Roman Töppel dresse un bilan plus mesuré du gigantesque affrontement qu’a été la bataille de Koursk. Incontestable victoire stratégique soviétique, la bataille montra une fois de plus les qualités opérationnelles et manœuvrières de l’Armée allemande. Le total des pertes est accablant pour l’Armée rouge qui, pour un char allemand détruit, en perdait cinq ou six. Bataille mythique mais non décisive, Koursk apparaît comme le modèle de la bataille dite d’attrition. A ce jeu-là, l’Allemagne ne pouvait pas sortir vainqueur.

Roman Töppel, Koursk 1943, Perrin, 2018, 303 pages, 21 €

 

L’extrait : « A force de vouloir démolir le « mythe de la Wehrmacht », entreprise qui fut salutaire, l’on a fini par oublier ce qui faisait l’étonnante efficacité de l’armée du Troisième Reich ». (J. Lopez, introduction, p. 11)

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Histoire Recensions

Les vérités cachées de la guerre d’Algérie

Broché : 416 pages
Editeur : Fayard (24 octobre 2018)
Collection : Divers Histoire
Langue : Français
ISBN-10 : 221367129X
ISBN-13 : 978-2213671291
Dimensions : 15,3 x 2,8 x 23,5 cm

Jean Sévillia a écrit un livre passionnant, aisé à lire, usant de force pédagogie. Comment ne pas louer un livre éclairant à ce point les rivalités existant parmi les divers mouvements indépendantistes, les velléités putchistes des partisans de l’Algérie française, le froid réalisme du général de Gaulle devenu entre-temps chef de l’Etat (1958) et ainsi de suite ? Sous la plume de Jean Sévillia, tout paraît limpide. Grâce à son éclairage, les événements qui semblaient enchevêtrés et complexes deviennent accessibles et aisément compréhensibles. Pour l’histoire commune de la France et de l’Algérie, ce sont bien sûr les derniers chapitres qui comptent le plus car les conclusions de la guerre continuent d’influencer les relations bilatérales. Malgré les incompréhensions et le triste sort fait aux rapatriés, la France s’est délestée d’un boulet qui risquait de lui faire rater l’entrée dans le formidable essor économique des Trente Glorieuses. En Algérie, l’amère réalité a triomphé des idéaux indépendantistes. Une caste, adossée sur l’armée, s’est emparée du pouvoir pour ne plus le lâcher.

Jean Sévillia, Les vérités cachées de la guerre d’Algérie, Fayard, 2018, 415 pages, 23 €

L’extrait : « Le fond de l’affaire, décidément, est que de Gaulle veut en finir à tout prix. » (p. 310)

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Actualités Recensions

La philosophie devenue folle

Broché : 400 pages
Editeur : Grasset (19 septembre 2018)
Collection : essai français
Langue : Français
ISBN-10 : 2246811937
ISBN-13 : 978-2246811930
Dimensions : 14 x 2,6 x 20,5 cm

La lecture du livre de Jean-François Braunstein nous introduit dans un monde de fous. Il faut avoir le corps et l’esprit bien accrochés quand on sait à quelles extrémités des dingues veulent mener le monde. Comme chez ces apprentis sorciers il n’y a plus de limites, tout devient possible : Faire l’amour avec un animal, pas de problème ! Vous faire couper un membre qui vous gêne, pourquoi pas ! Quant au genre, masculin ou féminin, bah ! il a peu d’importance au final. Enfin, au bout du chemin, il faut s’occuper de faire mourir l’autre dans la dignité, en déterminant si sa vie doit se prolonger parce qu’elle ne vaut peut-être pas la peine d’être vécue. C’est le meilleur des mondes dans sa version trash, un monde ayant jeté par-dessus bord des siècles de civilisation, un monde impitoyable à l’égard des plus faibles, voilà ce que décrit et annonce J.-F. Braunstein. Que proposent les docteurs Frankenstein dont l’auteur décrit les travaux ? Tout simplement renverser l’ordre du monde. Au catalogue de leurs idées : la possibilité de dépasser le masculin et le féminin pour inventer son propre genre, donner toujours plus de droits aux animaux, banaliser les morts en disant qui a le droit oui pas de vivre. Merci à J.-F. Braustein de nous avertir du danger.

Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle, Grasset, 2018, 394 pages, 20.90 €

L’extrait : « Amputomanie, zoophilie, eugénisme, ce n’est là qu’un petit échantillon des questions qui se posent lorsque sont changées radicalement les définitions du sexe et du corps, lorsqu’est effacée la frontière entre l’homme et l’animal, lorsqu’on admet que toutes les vies n’ont pas la même valeur. » (p. 12)

 

 

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Biographies Recensions

Sophie de Habsbourg

Broché : 250 pages
Editeur : Perrin (25 janvier 2018)
Collection : Perrin biographie
Langue : Français
ISBN-10 : 226206539X
ISBN-13 : 978-2262065393
Dimensions : 14,2 x 2,7 x 21 cm

Dans cette biographie enlevée de Sophie de Habsbourg, on voit à quel point il peut être difficile à un roi, à un empereur, de se dégager des idées de son entourage. Mal mariée, Sophie de Habsbourg, princesse bavaroise d’origine, eut tôt fait de reporter son ambition sur l’aîné de ses fils, François-Joseph, destiné à avoir un très long règne. Réactionnaire, sensible aussi bien à l’idée nationale qu’à la démocratie, Sophie n’eut de cesse de mettre en avant la sauvegarde des monarchies autoritaires. Pour elle, les nations ne comptaient guère ; ce qui primait c’était l’idée que le pouvoir monarchique devait l’emporter et que s’il avait été battu en brèche il fallait avant tout le restaurer. Chez l’impératrice douairière, c’était plus qu’un souci : une obsession. Quant à Sissi, belle-fille de Sophie, Jean-Paul Bled est assez critique à son égard. On a fait de Sissi, écrit-il, une princesse moderne, « une sorte d’ancêtre de lady Diana » (p. 270). C’est oublier un peu vite qu’une impératrice, une reine ou une princesse ne s’appartiennent pas parce que leur devoir est d’incarner une idée et un principe qui dépassent de très loin leur personne.

Jean-Paul Bled, Sophie de Habsbourg, Perrin, 2018, 303 pages, 23 €

L’extrait : « Tout l’engagement de Sophie est précisément dicté par une haute conception  du principe monarchique jusqu’à son propre détriment. » (p. 268)

 

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Actualités Recensions

La guerre au français

Broché : 130 pages
Editeur : Les éditions du Cerf (23 mars 2018)
Collection : ACTUALITE
Langue : Français
ISBN-10 : 2204126764
ISBN-13 : 978-2204126762
Dimensions : 12,6 x 1,3 x 19,6 cm

Le livre un peu coup de gueule de Marie-Hélène Verdier tombe à pic tant la langue de Molière risque de partir en capilotade si l’on n’y prend garde. Il n’est qu’à entendre le discours propagé sur les ondes, à la télévision, à la radio, pour constater les dommages irréparables qui lui ont été causés. Certains intellectuels de la trempe d’un Renaud Camus ou d’un Alain Finkielkraut tentent bien de réagir, mais il est presque trop tard. Inculture, mauvais usage et conformisme s’allient dans ce qui s’apparente à une déconstruction. Regardez, par exemple, à quel point la mode des « c’est vrai que », « en fait » et autres « du coup » ont affadi les singularités d’une langue célèbre et célébrée pour son art de la nuance et la richesse de son vocabulaire. A cela il faut ajouter, ce que fait brillamment Marie-Hélène Verdier, les ravages créés par le langage dit inclusif, cette manie grotesque de féminiser des mots qui, durant des siècles, étaient englobants. L’auteur de ce petit livre montre, si besoin était, que l’idéologie ne fait jamais bon ménage avec les subtilités d’une langue.

Marie-Hélène Verdier, La guerre au français, Cerf, 2018, 133 pages, 12 €

L’extrait : « Et pas trop d’éveil : c’est du temps perdu. Les enfants ne le sont que trop, éveillés. A l’école, on transmet. » (p. 118)

 

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Actualités Recensions

Le grand abandon : Les élites françaises et l’islamisme

Broché : 576 pages
Editeur : L’artilleur (26 septembre 2018)
Collection : TOUC.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810008353
ISBN-13 : 978-2810008353
Dimensions : 14 x 3,8 x 22 cm

L’abandon dont il s’agit est la renonciation à défendre la France, ce qu’elle a été et ce qu’elle est, refus opéré depuis trente à quarante ans par les élites économiques et politiques. Le général de Gaulle avait prévenu qu’il était impossible de mélanger de l’eau et de l’huile dans le même récipient ; il faisait bien sûr allusion à la guerre d’Algérie, dont la fin lui semblait la seule solution raisonnable. Ignorantes de l’histoire, déculturées, les élites actuelles ont opté pour une politique de gribouille visant à accueillir le plus largement possible. Aujourd’hui notre pays semble dans une impasse. Comment allons-nous aborder le futur avec d’un côté des lois de plus en plus libérales, notamment en matière d’éthique comme la PMA, et de l’autre des populations plus que jamais tentées par un islam rigoriste ? Ce choc entre l’eau et le feu, Yves Mamou en prend la mesure en expliquant les raisons et la manière avec lesquelles les élites ont abandonné le peuple français, lequel doit composer avec la désindustrialisation, l’appel à la consommation frénétique, les lois mémorielles, etc… et la montée d’un islam toujours plus revendicatif.

Yves Mamou, Le grand abandon, L’Artilleur, 2018, 571 pages, 22 €

L’extrait : « Comment des transformations aussi radicales ont-elles pu se produire  en France et en Europe sans débat politique citoyen, ni consultation des électeurs ? » (p. 10)

 

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Actualités Recensions

No society

Poche : 256 pages
Editeur : FLAMMARION
Collection : Champs actuel
Langue : Français
ISBN-10 : 2081451808
ISBN-13 : 978-2081451803
Dimensions : 11 x 1,2 x 17,7 cm

Un livre signé Christophe Guilluy est toujours un événement. La réflexion de fond ne change pas : à côté des grandes métropoles, à l’aise dans le bain de la mondialisation, la France périphérique tente vaille que vaille de tirer son épingle du jeu. Cette France des petites villes et du monde rural, c’est aussi la France populaire et celle des classes moyennes. Alors que notre pays a tant de mal à faire société, que le communautarisme menace, que des pans entiers du territoire se trouvent en voie de délitement, le bon sens voudrait que l’on choie la classe moyenne. Pourquoi ? Parce que c’est la classe modèle, celle que regardent ceux qui veulent s’intégrer. Or, « en détruisant économiquement et culturellement l’ancienne classe moyenne occidentale, et notamment son socle populaire, la classe dominante a créé les conditions de l’explosion des sociétés occidentales » (p. 82)  C’est l’existence de la classe moyenne qui peut pousser le nouvel arrivant à adopter des codes et une posture qui lui sont naturellement étrangères. Une société se trouve en capacité d’intégrer dans la mesure où elle est portée par un modèle culturel dominant. Le mépris des classes privilégiées pour les classes populaire et moyenne risque de signer la disparition progressive du bien commun. Décapant !

Christophe Guilluy, No society, Flammarion, 2018, 242 pages, 18€

L’extrait : “Ce mépris des nouvelles classes dominantes et supérieures pour leur propre peuple est à l’origine de l’éclatement des sociétés. » (p. 85)

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Histoire Recensions

Pierre Laval, un mystère français

Broché : 900 pages
Editeur : Perrin (18 octobre 2018)
Collection : Perrin biographie
Langue : Français
ISBN-10 : 2262040184
ISBN-13 : 978-2262040185
Dimensions : 15,5 x 4,2 x 24,1 cm

Renaud Meltz vient de signer là un maître-livre, ce qui se fait de mieux en matière de biographie. Au terme de plus de mille pages tirées au cordeau, il donne de Pierre Laval une image bien différente de celle donnée par nos traditionnelles images d’Epinal. Pour beaucoup, Laval incarne la figure du traître, de celui qui, passé les troubles de la Seconde guerre mondiale, n’a droit qu’à une chose : douze balles dans la peau. Loin de ces jugements à l’emporte-pièce, l’auteur donne de l’ancien avocat, ministre et Président du Conseil de Vichy une image plus mesurée. Pour médiocre qu’il fut, Pierre Laval s’avère au final un personnage infiniment complexe. L’auteur fait justice de la caricature qui a terni l’ancien Président du Conseil. Il relate le passé socialiste du jeune avocat monté à la capitale, sa proximité avec les humbles et son pacifisme foncier. Passé juillet 40, la suite est moins reluisante : mise à mort de la III° République, sympathie à l’égard des régimes totalitaires (« Je souhaite la victoire de l’Allemagne… »), création du STO, etc. Devenu le bouc émissaire d’un certain nombre de lâchetés, Pierre Laval, à l’issue d’une parodie de procès, finit sa vie sous les balles françaises. Sans faire mystère de ses compromissions et de sa médiocrité générale, on peut se demander, une fois le livre refermé, si Laval était le mauvais génie que l’on en a fait.

Renaud Meltz, Pierre Laval, un mystère français, Perrin, 2018, 900 pages, 35€

L’extrait : « Laval ne donne pas le sentiment de comprendre que le pays tout entier rejette l’Occupation comme une période non seulement malheureuse, mais aussi indigne. » (p. 1047)

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Histoire Recensions

Infographie de la Seconde Guerre mondiale

Broché : 200 pages
Editeur : Perrin (4 octobre 2018)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262068259
ISBN-13 : 978-2262068257
Dimensions : 23,8 x 1,9 x 29,5 cm

Il existe maintes façons d’aborder le second conflit mondial ; celle initiée par Jean Lopez est probablement l’une des plus originales. En moins de deux cents pages, Jean Lopez et son équipe réussissent le tour de force de raconter la guerre, sous tous ses aspects, au moyen de graphiques toujours très lisibles même si parfois ils demandent beaucoup d’attention, chose normale au vu de la complexité d’actions comme le Débarquement. Si les opérations militaires tiennent le haut du pavé, comme il fallait s’y attendre, les autres aspects ne sont pas oubliés. Les pages concernant l’économie des belligérants, la liquidation du peuple juif, la Collaboration au sein de l’Europe occupée ou le déplacement des peuples à l’Est de l’Europe en 1945-1946 font l’objet de pages particulièrement éclairantes. Au terme de ce voyage dans ce chapitre terrible de l’histoire européenne et mondiale, des points saillants apparaissent, par exemple l’ampleur colossale des pertes soviétiques. Autre caractéristique : l’irrésistible montée en puissance de l’industrie américaine. En 1941, il fallait être fou… ou japonais pour oser s’attaquer à une telle puissance économique.

Jean Lopez (sous la dir.), Infographie de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2018, 27 €

L’extrait : « Cet ouvrage est une source d’approfondissements, de découvertes, d’étonnements et de remises en question du savoir que chacun détient sur la pire horreur du XX° siècle » (p. 2 de l’avant-propos)