L’éclipse de la mort

Broché : 224 pages
Editeur : Desclée De Brouwer (20 septembre 2017)
Collection : DDB.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2220088081
ISBN-13 : 978-2220088082
Dimensions : 14 x 1,8 x 21 cm

 L’éclipse de la mort

Véritable Prométhée, l’homme contemporain a-t-il déclaré la mort à la mort ? Oui, et de deux façons, la première se conjuguant pour l’instant au futur, la seconde étant de plus en plus ancrée dans nos mœurs. La fin de la mort est décrétée par le courant transhumaniste, lequel vise à transcender la finitude humaine, de façon à faire advenir un homme nouveau, un homme bionique, rafistolé grâce aux progrès d’une science toute puissante. Quant à l’autre fin de la mort, c’est tous les jours que nous la vivons, dans les journaux, dans les conversations… On ne meurt plus, on disparaît, on nous quitte, comme si le fait de ne plus dire le mot « mort » faisait disparaître la chose. Bien évidemment, la mort existe mais tout indique que l’on veut en finir avec elle, jusqu’à en faire disparaître les codes et la symbolique. Le philosophe Robert Redeker, toujours à l’affût des effets de mode susceptibles de mettre en danger les traditionnelles façons de faire société, remarque les effets délétères de cette mise à distance de la camarde. Outre les appréciations toujours bienvenues d’un auteur toujours prompt à dénoncer les travers de nos sociétés qui se livrent pieds et mains liés à la technique et à la consommation, on retiendra la façon subtile qu’il a de mettre à jour les doutes de l’homme contemporain, « tellement désarmé devant la mort qu’au lieu d’en être dérouté et décontenancé, il préfère la forclore » (p. 157). Ne croyant plus en grand-chose, nous avons pris congé avec ce qui apparaît comme le scandale absolu : le fait de ne plus être. Ayant largué nos traditions, démuni des armes intellectuelles et spirituelles qui autrefois permettaient d’accepter sa fin biologique, nous sommes dans l’incapacité de saisir ce que la mort peut avoir de bénéfique. Et si la mort avait des avantages, demande l’auteur. Après tout, n’est-ce pas elle qui nous fait homme ?

 

Robert Redeker, L’éclipse de la mort, Desclée de Brouwer, 2017, 216 pages, 18€

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Le cardinal Marty : 1904-1994

Broché : 372 pages
Editeur : Cerf (25 mai 2017)
Collection : HISTOIRE
Langue : Français
ISBN-10 : 2204103845
ISBN-13 : 978-2204103848
Dimensions : 24 x 2,9 x 15,5 cm

 Mgr François Marty, 1904-1994

Plein feu sur une figure éminente de l’Eglise en France après le concile Vatican II

Le cardinal Marty fait enfin l’objet d’une biographie mettant à l’honneur l’homme et le prêtre qu’il était. Né dans ce Rouergue dont il se plut à conserver toute sa vie l’accent rocailleux, François Marty monte rapidement les échelles de la hiérarchie. Evêque de Saint-Flour, archevêque de Reims, c’est durant sa période d’épiscopat dans la capitale qu’il donne toute sa mesure avec ce mélange de bon sens, de bonhommie mais aussi de candeur et d’approche approximative des problèmes. Il faut accorder un bénéfice à Mgr Marty. A l’instar de nombreux prélats français de l’époque, il n’était pas forcément préparé à affronter la tempête qui allait secouer la société, l’Eglise ainsi que la plupart des institutions : l’inexorable montée de l’individualisme et du consumérisme, la contestation issue de Mai 68, la querelle intégriste avec l’occupation de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, etc. L’auteur montre bien comment Mgr Marty, avec des idées toutes faites sur la société et l’Eglise, avait du mal à comprendre les temps nouveaux. Il mit du temps, par exemple, à se défaire de ses idées relatives à la pastorale d’ensemble dont il était l’un des principaux promoteurs. De même, il tarda à comprendre l’affaiblissement des mouvements d’Action Catholique. Néanmoins, grâce à sa simplicité, sa personnalité attachante, ses talents d’organisateurs, son souci du monde de l’incroyance, le cardinal Marty constitue une des figures de proue de l’Eglise de France en ces années post-conciliaires. La biographie passionnante qu’en donne Olivier Landron, toujours facile et plaisante à lire, comble un oubli. Au fond, le cardinal Marty fut l’un des premiers à tenter de garder un cap menacé de toutes parts par les trépidations d’une société ayant largué ses repères et s’offrant sans retenue à la toute-puissance du marché.

 

Olivier Landron, Le cardinal Marty, Cerf, 2017, 358 pages, 24€

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Ce que penser veut dire

Broché : 384 pages
Editeur : Editions du Rocher (19 avril 2017)
Collection : ROC.PHILOSOPHIE
Langue : Français
ISBN-10 : 2268090566
ISBN-13 : 978-2268090566
Dimensions : 14 x 2,4 x 22,5 cm

 Ce que penser veut dire

Dans ses domaines, l’histoire des idées et la philosophie politique, Alain de Benoist est ce que l’on pourrait appeler un monstre. Pensez ! Détenteur de quelque 200 000 livres, il a déjà écrit plus d’une cinquantaine de livres, sans compter une myriade d’articles dispensés à plusieurs revues. Avec lui, pas de risque de s’égarer dans de petites histoires ou dans une philosophie à deux sous : les sommets, en matière d’érudition notamment, ne sont jamais très loin. Dans un ouvrage qui se prétend volontiers généraliste, Alain de Benoist revisite les idées politiques et philosophiques d’une trentaine de penseurs de l’époque contemporaine, de Jean-Jacques Rousseau à Jean-Claude Michéa. Par des articles de dix à quinze pages, il donne l’essentiel de ce qu’il faut savoir au sujet de grands esprits dont la vocation était de donner à penser. Si le résultat peut sembler inégal – de pures biographies succédant à des réflexions poussées sur tel ou tel -, Ce que penser veut dire possède l’énorme avantage de dire beaucoup en peu de mots. Cela vaut particulièrement pour des philosophes dont la pensée n’est pas facile à saisir à la première lecture, loin de là, ce qui est par exemple le cas de Martin Heiddeger ou de Jean Baudrillard. Quoiqu’il en soit, ce livre prouve que l’auteur difficile que peut être Alain de Benoist sait également être pédagogue. Lorsque simplicité, pédagogie et culture maîtrisée se rejoignent à ce point, le résultat est forcément à la hauteur. Une surprise enfin, mise en avant de la proximité intellectuelle qui rapprochait les romantiques allemands de Karl Marx. Ce dernier livre d’Alain de Benoist constituent, en tout cas, une tentative magistrale de présenter des penseurs dont l’influence demeure grande pour la marche de notre temps.

 

Alain de Benoist, Ce que penser veut dire, Editions du Rocher, 2017, 377 pages, 19.90€

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Les derniers feux de la monarchie

Broché : 600 pages
Editeur : Perrin (18 février 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262047588
ISBN-13 : 978-2262047580
Dimensions : 15,5 x 4,3 x 24,1 cm

 Les derniers feux de la monarchie

Sous-titré « La cour au siècle des révolutions ; 1789-1870 », le beau livre de Charles-Eloi Vial ne se résume pas à la vie et au sort des cours royales durant la période. En ce sens, le mot « monarchie » employé dans le titre paraît quelque peu équivoque, sauf à considérer que le Premier et le Second Empire étaient eux aussi des monarchies, des monarchies d’un style particulier, ayant troqué un roi contre un empereur. C’est finalement à une histoire de France que se livre Charles-Eloi Vial, une France qui se résumerait à une histoire de titres de noblesse. Il faut croire que, à ce propos, toute républicaine qu’elle soit la France dispose de quelque appétence pour la monarchie et ses fastes. A lire Charles-Eloi Vial, cet apparent paradoxe n’est pas si étonnant que cela dans la mesure où la cour, avec ce qu’elle comporte de rites et de manières, reflète assez bien l’état d’un pays. A moins que, par indisposition passagère, elle en soit l’exact opposé. La cour napoléonienne, flopée de parvenus et de militaires, répond à la première précision. Quant à la seconde, on en trouve les prodromes, de façon presque caricaturale, dans la cour du roi Louis XVI. Si certains nobles comprennent que les nuées qui s’accumulent risquent d’emporter tout ce joli monde, les plus influents agissent comme si rien de devait changer. On sait ce qu’il en est advenu. La guerre contre la Prusse en 1870, puis l’arrivée définitive de la république cinq ans plus tard ont signé l’acte de décès de la cour qui, depuis des siècles, gravitait autour du souverain. On dit que la cour est propre aux monarchies, qu’elle n’existe pas en république et ainsi de suite. En sommes-nous si sûrs ? Quoiqu’il en soit, le livre de Charles-Eloi Vial, écrit d’une plume agréable, se lit de bout en bout avec un plaisir qui ne diminue jamais.

 

Charles-Eloi Vial, Les derniers feux de la monarchie, Perrin, 2016, 579 pages, 27€

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La langue des médias

Broché : 336 pages
Editeur : L’artilleur (16 mars 2016)
Collection : TOUCAN ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810006962
ISBN-13 : 978-2810006960
Dimensions : 14 x 3 x 22 cm

 La langue des médias

Nous autres, lecteurs, auditeurs, consommateurs compulsifs aux écrans, sommes des éponges. Nous absorbons, souvent sans broncher, les propos torrentiels venus du monde médiatique. Or, il faut s’en méfier. Non pas que les journalistes poussent la fourberie à nous mentir sous des propos riants ou anodins, mais plus simplement parce que, du fait de leur formation et du conformisme qui règne dans la profession, ils sont portés, contrairement au souhait formulé jadis par Péguy, à ne pas voir ce qu’ils voient. Il existe une langue propre aux médias, sorte de volapuk qui tend à cacher la réalité, à l’amoindrir, à la travestir. Dans ce texte très argumenté, Ingrid Riocreux invite à réfléchir sur la fonction du journaliste. Ici, le journaliste prend la figure du professionnel des médias : le Journaliste (avec majuscule). Celui-ci n’est pas foncièrement malhonnête mais sa formation le pousse inexorablement à suivre les chemins de traverse. Armé d’une bonne conscience en bêton, sûr d’appartenir au camp du Bien, le Journalistes, écrit Ingrid Riocreux, peut écrire et dire n’importe quoi, pourvu qu’il serve la bonne cause. De toute façon, il n’a de compte à rendre à personne. Le Journaliste n’est pas là pour donner des informations brutes. Commentateur de l’actualité, son image est de moins en moins neutre et il est devenu un prescripteur d’opinion chargé de dire le bien et le mal. Le pire, c’est que le système médiatique, dans sa toute-puissance, n’a pas érigé de contre-pouvoir. Au contraire, il est devenu une sorte de « fabrique du consentement », de sorte que le conformisme de la pensée semble des plus naturels. Puisque le consommateur consent, il n’a pas à réfléchir. Le livre d’Ingrid Riocreux est une charge puissante contre le moule uniforme dans lequel veut nous enfermer les journalistes et ceux qui les paient.

 

Ingrid Riocreux, La langue des médias, 2017, L’Artilleur, 333 pages, 20€

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