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Biographies Recensions

Isaac Babel

Broché : 343 pages
Editeur : Perrin (2 septembre 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262040168
ISBN-13 : 978-2262040161
Dimensions : 21,1 x 2,9 x 14,2 cm

 Isaac Babel

La littérature russe ne s’est pas éteinte avec la révolution de 1917. Gorki, Mandelstam, Pasternak et Soljenitsyne figurent au panthéon des grands écrivains russes dont les œuvres les plus fortes ont paru à l’époque de la tyrannie stalinienne ou lors de la glaciation brejnévienne. Parmi ces auteurs, Isaac Babel occupe une place singulière. Moins, au départ, pour son œuvre écrite que pour sa carrière. Ayant adopté les idées révolutionnaires en rétorsion des pogroms auxquels se livraient régulièrement les autorités tsaristes, Babel rejoint le camp de la révolution dès 1917. A l’instar de nombreux juifs, il se prend de sympathie pour une révolution qui, il l’espère, rendra la vie moins rude à ses compatriotes et à ses coreligionnaires. En 1920, il accompagne l’armée de cavalerie qui doit s’emparer de Varsovie, lors de la guerre entre la Pologne et le jeune Etat soviétique. De cette chevauchée, il en tirera une œuvre mondialement connue : L’armée de cavalerie, œuvre par la suite plus connue sous le titre de Cavalerie rouge. L’œuvre montre toute l’ambivalence qui est celle de nombreux intellectuels ayant embrassé la cause communiste : une sorte de sympathie critique, une ligne de crête sur laquelle, le régime se durcissant, il devient de plus en plus difficile de se tenir debout. Sur le plan littéraire, Cavalerie rouge dévoilait un style puissant. Sur le plan idéologique, la cause semblait plus difficile à entendre et à défendre. En effet, avec Cavalerie rouge, dit l’auteur, « Babel fait preuve d’un insolent aplomb en baptisant de la sorte une brassée de récits où le lecteur ne trouvera ni l’histoire de cette armée, ni la description de ses régiments, ni un catalogue de ses prouesses. » (p. 106) Chose étonnante, une grande partie de la vie de l’écrivain se déroula entre Moscou et Paris. Babel entretint des liens étroits avec les deux André, Gide et Malraux. Lors des Grandes Purges (1937-1938), le couperet ne tarda pas à s’abattre sur l’auteur de Cavalerie rouge. Son œuvre était jugée « d’une valeur artistique indéniable, mais sans rien de prolétarien » (p. 114). Gorki mort, il n’y avait plus personne pour défendre un romancier qui avait souvent flirté avec la liberté de pensée car, s’il épousait la plupart des convictions communistes, Babel tenait à garder son esprit critique. Cette liberté de ton ne devait pas tarder à être payée comptant : Babel fut fusillé en 1940.

 

Adrien Le Bihan, Isaac Babel, Perrin, 2015, 343 pages, 22€

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Histoire Recensions

Le retour du général de Gaulle

Broché : 478 pages
Editeur : Perrin (21 mai 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262049858
ISBN-13 : 978-2262049850
Dimensions : 21 x 3,5 x 14,2 cm

 Le retour du général de Gaulle

Après les livres torrentiels d’Eric Roussel et Jean Lacouture, sans oublier ceux de Michel Tauriac et de tant d’autres, on peut à bon droit se demander ce que peut apporter un énième livre consacré à Charles de Gaulle. Cependant, comme le livre de Georges Ayache porte sur une période plutôt sombre de l’histoire gaullienne et qu’il est écrit avec panache, il vaut la peine de s’y pencher. Le retour du général de Gaulle revient, bien sûr, sur le mouvement du 13 mai, c’est-à-dire la canalisation politique par les gaullistes de la grave crise qui couve à Alger, l’armée et ses chefs étant prêts à faire sécession. Cet état de quasi-insurrection des Français d’Algérie, soutenus par une partie de l’Armée, servit les intérêts du général de Gaulle qui, au bout du compte, n’eut qu’à cueillir un pouvoir à bout de souffle. On connaît la suite, la fin d’une IV° République totalement discréditée et l’émergence d’une république nouvelle, la V°, et d’une constitution dont la finalité est de mettre fin au régime des partis et de restaurer l’indépendance et l’intégrité de l’Etat. Quelques temps plus tard, les Français accordent leurs suffrages et leur confiance à celui qui avait restauré la grandeur de la nation. Au fond, le plus intéressant dans l’ouvrage de Georges Ayache concerne ce que l’on appelé la « traversée du désert ». Une figure aussi impressionnante et noble n’était pas faite pour la routine et la médiocrité du quotidien (« Si j’étais député, vous me voyez demander la parole à Edouard Herriot ! »). Ce récit remarquablement vivant introduit le lecteur dans l’intimité d’un homme confronté à la monotonie de l’existence, loin du pouvoir et de l’ivresse qu’il procure. Pour paraphraser l’homme du 18 juin, on peut dire que de Gaulle était né pour faire l’Histoire, pas pour la regarder. Ces années 1950, de Gaulle les vit dans le doute, l’outrance et parfois le découragement. Le retour… permet de redécouvrir un homme faillible et vulnérable.

Marquant sa sympathie pour ce personnage hors norme, Georges Ayache délivre un beau et grand texte, plein d’humour et de verve. Cerise sur le gâteau : le récit est parsemé de ces anecdotes pittoresques dans lesquelles s’exerce l’humour vachard de Charles de Gaulle. Une belle réussite que ce Retour !

 

Georges Ayache, Le retour du général de Gaulle, Perrin, 2015, 478 pages, 22.90€

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Histoire Recensions

La grande défaite (1870-1871)

Broché : 414 pages
Editeur : Perrin (2 janvier 2015)
Collection : Pour l’histoire
Langue : Français
ISBN-10 : 2262032459
ISBN-13 : 978-2262032456
Dimensions : 24 x 3 x 15,5 cm

 La grande défaite (1870-1871)

Durant des décennies, la Guerre de 1870 a été un peu oubliée. Il est vrai que le souvenir des deux immenses conflits mondiaux a rendu assourdissants les échos de ces pages noires de notre histoire. Alain Gouttman, déjà auteur d’un ouvrage remarqué sur la guerre de Crimée, s’est donné pour tâche de revisiter ces terribles journées d’août et de septembre 1870. Ayant à sa tête un Napoléon III malade et affaibli, miné par les divisions, le pays s’est enfoncé depuis quelques années dans une douce léthargie. Lorsque l’orage menace, c’est-à-dire lorsque la Prusse de Bismarck montre ses crocs, les Français sont englués dans leurs dissensions et autres picrocholines zizanies. Quant à la diplomatie, outil majeur dans l’Europe de ce temps, elle est en piteux état et c’est avec une rouerie consommée que Bismarck va se jouer de son amateurisme. Bref, résume l’auteur : « En 1870, la démagogie était à la barre et c’était elle, au premier chef, qui entraînait la France à l’abîme. » (p. 142) L’idée de l’auteur n’était pas de donner une histoire suivant de près la chronologie des événements qui vont amener la défaite, la naissance de la Commune puis son écrasement par les troupes de Monsieur Thiers ; bien d’autres ouvrages, tout à fait excellent comme celui de François Roth, ont déjà donné une exacte description de ces jours sombres pour les couleurs nationales. A travers les défaites diplomatiques et militaires qui marquent la deuxième partie de cette année 1870, Alain Gouttman entend démontrer que « la grande défaite » était inéluctable, la somme des erreurs et lâchetés des dernières années du règne de Napoléon III devant être soldées. Les déchirures de la société ont exercé sur la nation une influence délétère qui, fatalement, devait être sanctionné par une défaite aussi sévère que soudaine. On songe, ici, au Henri V de Shakespeare : « Demain, dans la bataille, le roi portera les péchés de son armée. » Lorsqu’une nation connaît une défaite, c’est généralement qu’un faisceau de circonstances devait fatalement l’y mener. Une belle réflexion sur la fragilité et la puissance des nations.

 

Alain Gouttman, La grande défaite (1870-1871), Perrin, 2015, 414 pages, 24.90€

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Histoire Recensions

La Seconde Guerre mondiale

Broché : 571 pages
Editeur : Perrin (29 janvier 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262034508
ISBN-13 : 978-2262034504
Dimensions : 24,2 x 3,6 x 15,6 cm

 La Seconde Guerre mondiale

Ecrire une histoire du second conflit mondial, très accessible, pas trop volumineuse et intégrant les données les plus récentes de l’historiographie, tel est le pari tenté et réussi par Claude Quétel. « Jusqu’à ce jour, indique la présentation de l’ouvrage, seuls trois grands historiens anglo-saxons ont relevé le défi avec succès : John Keegan, Liddel Hart et plus récemment Anthony Beevor. Trop partisans ou fragmentaires, les Français ont échoué en dépit de plusieurs tentatives. » Bien sûr, vu la taille de l’ouvrage, l’amateur n’apprendra rien de nouveau ; il s’apercevra toutefois que les données mises en œuvre par l’auteur sont remarquables de fiabilité. Quant au néophyte, il n’aura rien à reprocher à un ouvrage qui n’omet aucun des aspects du conflit. Si les événements militaires tiennent naturellement le haut du pavé, tout ce qui concerne les aspects économiques, politiques et démographiques n’est pas oublié. Avec un style efficace et délié, Claude Quétel mène son récit tambour battant. Dès le prologue de la vingtaine de pages passé, le voilà qui attaque en fanfare la campagne de Pologne (1939), puis celle de France (1940), la bataille d’Angleterre, etc.

En auteur averti et passionné, Claude Quétel n’omet pratiquement rien des dernières découvertes réalisées par d’éminents spécialistes de cette période comme David Glantz ou Thomas Weber. Des passages cinglants permettent de remettre certaines pendules à l’heure. Par exemple, contrairement à la thèse véhiculée par Karl Heinz Freizer, la Blitzkrieg associant le tandem char – avion qui va conduire à la déroute des armées alliées en mai-juin 1940 n’est pas l’aboutissement fortuit d’une rencontre de hasard. Autre exemple : l’insistance mise par les Allemands à fabriquer des armes de pointe, les meilleurs dans leur catégorie comme le char Tigre. Cette obstination constitua une erreur dans la mesure où les armes alliés, moins sophistiquées mais plus robustes, étaient plus faciles à fabriquer. L’auteur revient également à plusieurs reprises sur l’importance de la personnalité d’Hitler, absolument décisive. Sans le dictateur nazi, la guerre aurait-elle été aussi longue et implacable ? Enfin, des cartes simples et claires permettent de se faire une idée exacte des principales opérations militaires. Du beau travail !

 

Claude Quétel, La Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2015, 571 pages, 23.90€

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Mémoires Recensions

Mémoires

Broché : 576 pages
Editeur : Perrin (14 mai 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262050775
ISBN-13 : 978-2262050771
Dimensions : 24,1 x 4,2 x 15,4 cm

 Mémoires

Après la Seconde Guerre mondiale, nombre de généraux allemands ont consigné leurs souvenirs. Le maréchal Erich Von Manstein, l’un des meilleurs cerveaux opérationnels de la Wehrmacht, est l’un d’eux. Paru dès les années 1950 sous le titre Victoires perdues, ses mémoires viennent d’être publiées pour la première fois en français. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Von Manstein, il suffira de dire qu’il est l’inspirateur du plan qui amena l’écrasante défaite de la France en mai-juin 1940, le vainqueur de Sébastopol (1942) et celui qui a bloqué l’avance des armées soviétiques après Stalingrad. Les stratèges anglo-saxons et soviétiques l’ont consacré comme la plus grande intelligence de l’Armée allemande.

Dans la préface qu’il lui consacre, Pierre Servent dit de Von Manstein qu’il est « un remarquable joueur d’échecs » ainsi qu’ « un hobereau prussien à œillères ». La critique avait déjà été formulée dans la biographie consacrée par Benoît Lemay au célèbre maréchal. Erich Von Manstein est effectivement le type même du général prussien, fidèle à sa patrie, discipliné à l’extrême et se gardant de toute sensiblerie. Comme beaucoup de généraux allemands lors du conflit, Von Manstein a été peu regardant quant aux crimes commis sur la population civile, juive et non-juive, par les SS et l’armée. Comme d’autres responsables militaires allemands, Manstein, par ses silences, a couvert les crimes commis en Ukraine, Russie et Biélorussie. Il était le type même du cerveau froid ; seul lui importait le résultat obtenu sur le champ de bataille. Et c’est, nous semble-t-il, faire preuve d’anachronisme que de regretter que Von Manstein ne fût pas philosophe. C’était un militaire, forgé dans le plus pur style germanique. Cela dit, s’il était discipliné et méconnaissait les scrupules de type humanitaire, Manstein n’avait rien du nazi fanatique. Au contraire, s’il reconnaissait à Hitler des qualités qui ont pu contribuer aux victoires des années 1939-1942, il a vite pris en compte les limites d’un être irrationnel, soumis aux sautes d’humeur, colérique, prenant ses désirs pour des réalités.

Le style du maréchal est purement descriptif, direct, sans fioritures. On regrettera toutefois que les opérations militaires décrites dans ce volume ne soient pas accompagnées par davantage de cartes.

Erich Von Manstein, Mémoires, Perrin, 2015, 573 pages, 25 €

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Actualités Recensions

La révolution arabe

Broché : 392 pages
Editeur : Perrin (26 mars 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262043337
ISBN-13 : 978-2262043339
Dimensions : 24 x 3 x 15,5 cm

 La révolution arabe

Bien avant l’espoir de changement suscité par les printemps arabes de ces dernières années, le monde arabo-musulman n’en finit pas de réfléchir à sa propre réforme. Encore faut-il savoir ce que l’on met sous ce mot. En effet, il y a un gouffre entre les musulmans qui espèrent une société pluraliste, où religion et politique ne seraient pas mêlés, et ceux qui, au contraire, veulent revenir à l’islam des origines. D’aucuns, dans le mouvement appelé Nahda, ont cherché à assimiler ces deux éléments contraires. « Les réformateurs, écrit Zakya Daoud dans son dernier ouvrage, ont voulu restituer l’islam originel dans sa pureté doctrinale, mais ils n’ont pas, parallèlement, mené la réflexion sur l’islam en tant que civilisation ayant évolué dans un contexte multiple. » Réformer des sociétés cumulant les retards en cherchant à revenir à l’islam des origines ressort de la quadrature du cercle. Comment des sociétés aussi imprégnées de religieux pourraient-elles faire leur aggiornamento sans assigner à la religion une place plus réduite ? Diminuer les inégalités, mettre fin aux frustrations, se débarrasser des tyrannies… Le but ne manquait pas de grandeur. Tel était celui des Nasser et autres Bourguiba, chefs d’Etat qui ne pouvaient pas admettre qu’en dépit de tous ses atouts le monde arabe ne puisse combler l’écart le séparant de l’Occident et des dragons asiatiques. Sans doute manquait-il une théorie de l’Etat susceptible de laisser davantage de liberté aux forces libérales et centrifuges. La seule volonté de quelques hommes politiques ne suffit pas à décréter l’existence d’une société de confiance. Les bons sentiments sont loin de faire une bonne politique. La preuve en a été administrée dans maints pays. A travers les exemples historiques qu’elle donne, l’auteure donne la preuve de la difficulté des sociétés arabo-musulmanes de se choisir un destin digne de leur passé. On a pu croire que l’échec du réformisme avait été fatal aux musulmans libéraux, dépassés et marginalisés par les fondamentalistes. Or, ce qui vient par exemple de se passer en Egypte donne de l’espoir à ceux qui espèrent des sociétés dont l’homogénéité ne passerait pas entièrement par la religion. Encore faudrait-il que l’Etat retrouve l’autorité qui lui fait souvent défaut et qui permet aux extrémistes de s’engouffrer dans la brèche créée par la misère et la frustration.

Zakya Daoud, La révolution arabe, Perrin, 2015, 392 pages, 24€

 

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Biographies Recensions

Raymond Barre

Broché : 585 pages
Editeur : Perrin (2 avril 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262037752
ISBN-13 : 978-2262037758
Dimensions : 24 x 4,1 x 15,4 cm

 Raymond Barre

La belle biographie que Christiane Rimbaud vient de consacrer à l’ancien Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing nous rappelle l’époque heureuse des années 1970, temps où l’on croyait le progrès inéluctable et le chômage un accident. En ce temps, finalement pas si lointain, le Premier ministre s’inquiétait d’un déficit de quelques centaines de millions de francs. Que dirait Raymond Barre s’il revenait parmi nous, apprenant que les caisses de l’Etat sont vides et que le déficit du pays avoisine les deux mille milliards d’euros ? Elève surdoué, professeur reconnu, c’est dans les années 1960, à Bruxelles, que Raymond Barre fait ses premiers pas dans le bain politique. Il se murmure, dans les couloirs des institutions européennes, qu’il est l’œil du général de Gaulle. Plus tard, alors que le pouvoir giscardien est en proie à ses premières difficultés, il est appelé pour conduire la politique du gouvernement. Pragmatique, adepte du maintien des grands équilibres, ennemi de l’idéologie et de la politique politicienne (le fameux « microcosme »), il se fait remarquer par son grand sens de l’Etat. Comme il le déclare en 1978 dans une émission de télévision, « il est aisé de gouverner un monde imaginaire, habité par des certitudes, mais quand le monde réel surgit, patratas… », une leçon qui, bien sûr, vaut pour aujourd’hui. Finalement, c’est lui, le professeur, le quasi-inconnu issu de la société civile, qui en remontre aux professionnels de la politique, lesquels, par leur politique de gribouille, ont abîmé l’Etat en le vendant sur l’autel de l’arrivisme et de l’ambition. Raymond Barre n’a cure de sa carrière, lui qui aurait tant aimé disposer de temps libre pour écouter davantage de musique classique et voir de bons westerns. Il est vrai que la politique l’ennuie. S’il se présente aux élections présidentielles de 1988 et se lance à la conquête de la mairie de Lyon au début des années 1990, c’est presque à contre-cœur. Comme le racontera un de ses proches : « Il lui manquait l’acharnement. Il avait trop de centres d’intérêt dans sa vie pour avoir la volonté farouche de gagner et de ne penser qu’à ça. » Au fond, ce qu’il faut d’abord retenir du travail de Christiane Rimbaud, c’est que la politique est une chose trop sérieuse pour n’être confiée qu’à des professionnels.

Christiane Rimbaud, Raymond Barre, Perrin, 2015, 585 pages, 25€

 

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Histoire Recensions

La Grande Guerre oubliée

Broché : 527 pages
Editeur : Perrin (2 octobre 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262040451
ISBN-13 : 978-2262040451
Dimensions : 24 x 3,8 x 15,5 cm

 La Grande Guerre oubliée

Trop souvent la Première Guerre mondiale se confond avec la guerre des tranchées, celle qui a ensanglanté le nord-est de la France. C’est oublier que cette guerre était mondiale et que d’autres théâtres d’opérations ont vu, eux aussi, couler des torrents de sang. Les Alliés auraient-ils gagné la guerre si l’armée russe n’avait pas retenu un bon tiers de l’armée allemande ainsi que le plus gros des forces de la Double Monarchie ? Le livre d’Alexandre Sumpf n’est en rien une histoire de la Grande Guerre à l’Est. Ici, la guerre ne fait que s’inscrire en toile de fond d’un récit plus large. Ce qui compte davantage aux yeux de l’auteur, c’est le climat qui saisit un pays dans l’ensemble de ses strates économiques, sociales et culturelles. Si l’on excepte le chapitre réservé aux combattants, La Grande Guerre oubliée vise davantage à retracer la vie des habitants au contact du front ou à l’arrière. Alexandre Sumpf passe l’ensemble des secteurs de la société russe d’avant la Révolution de 1917, une société en guerre, certes bien mobilisée mais cependant moins, en raison de l’étendue du pays et de l’hétérogénité de ses populations, que les principales nations occidentales en guerre : le moral de la troupe et des habitants, les conditions de la survie dans un pays en guerre, les revendications ouvrières, la propagande, etc… Le théâtre, les coulisses et les épreuves de la guerre achèveront la dissolution de la nation impériale. La guerre allait en effet mettre à nu et accélérer les maux d’une société dont Dieu, le tsar et la patrie n’assuraient plus le ciment. La Grande Guerre oubliée révèle les nombreuses contradictions d’une société à bout de souffle, laminée par ses contradictions internes. Pour Lénine et ses affidés, la vieille Russie n’allait pas tarder à tomber comme un fruit blet ; il suffirait juste de mettre à jour les éléments les plus pourris de l’entité russe.

Grâce à ce travail novateur, Alexandre Sumpf dévoile un pan caché de l’historiographie contemporaine, réalisant un ouvrage que les historiens russes et soviétiques n’avaient pas entrepris avec toute la conviction nécessaire. Si la Grande Guerre a permis l’éclosion de la république des soviets, elle

 

Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée, Perrin, 2014, 527 pages, 25 €

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Histoire Recensions

La guerre de Sept Ans (1756-1763)

Broché : 670 pages
Editeur : Perrin (22 janvier 2015)
Collection : Pour l’histoire
Langue : Français
ISBN-10 : 2262035296
ISBN-13 : 978-2262035297
Dimensions : 24 x 4,2 x 15,4 cm

 La guerre de Sept Ans (1756-1763)

La toute première guerre mondiale a duré sept ans, elle a concerné les principales puissances européennes, s’est déroulée sur trois continents et a eu des conséquences qui ont persisté pendant plus d’un siècle. Cette guerre, c’est la guerre de Sept Ans, ouverte en Amérique du Nord, entre Anglais et Français alors que les Etats-Unis n’existent pas encore. Il s’agit au départ, selon les mots de l’auteur d’ « une guerre essentiellement européenne dont l’enjeu fondamental consiste en une énième mise à jour de l’équilibre des puissances » (p. 11) Cette guerre, racontée dans le détail et avec maestria par Edmond Dziembowski, eut des conséquences qui, quelque deux cent cinquante après, comptent encore dans l’ordre du monde. En effet, c’est de ce conflit que datent l’émergence de la prépondérance britannique qui verra son triomphe au XIX° siècle, la naissance du patriotisme chez les grandes puissances, l’importance des guerres périphériques, etc. Récit total et complet, c’est comme cela que se présente un livre que les créateurs des grandes collections d’autrefois – par exemple Halphen et Sagnac – auraient très certainement apprécié. A l’image de la vastitude de ce conflit, le livre d’E. Dziembowski est remarquable par la diversité des sources utilisées. Non seulement aucun aspect de cette guerre n’est évacué mais, de surcroît, l’auteur renouvelle les vues traditionnelles que l’on pouvait avoir sur cet événement majeur. Par exemple, contrairement à l’image généralement véhiculée, les batailles qui se sont déroulées en Europe, et qui impliquaient Prussiens, Autrichiens, Français et Russes ont été particulièrement sanglantes, que ce soit Prague, Kolin ou Zorndorf. On est loin du charme suranné prêté souvent à la guerre en dentelles. Enfin, l’auteur s’attache à placer le conflit dans le cadre immense qui a été le sien, d’où le nombre de pages assez considérable qu’il accorde à la guerre en Amérique du Nord et en Inde. En ce sens, par bien des aspects, la guerre de Sept ans préfigure notre temps, celui de la mondialisation.

 

Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans (1756-1763), Perrin, 2015, 670 pages, 27 €

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Histoire Recensions

Les cent derniers jours d’Hitler

Broché : 277 pages
Editeur : Perrin (12 mars 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262050236
ISBN-13 : 978-2262050238
Dimensions : 29,5 x 2,5 x 23,5 cm

 Les cent derniers jours d’Hitler

Une fois de plus, en spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale, Jean Lopez vient de frapper un grand coup. Dans ce livre grand format, illustré de photographies pour la plupart inédites, il raconte jour après jour l’agonie du III° Reich, celui qui, dans l’esprit fumeux et hystérique de son inventeur, devait durer mille ans. Cette « chronique de l’apocalypse » s’attache principalement à relater les « derniers jours de la vie du Führer […], ses déplacements, ses proclamations, ses actes de gouvernement et de commandement militaire, sa vie quotidienne et ses humeurs… » Dans un Reich dont le territoire se réduit comme une peau de chagrin, pilonné jour et nuit par l’aviation alliée, menacé par une Armée rouge surpuissante, se vit le dernier acte du gigantesque drame qui avait commencé six ans plus tôt. Dans une Europe qui globalement, vit en paix depuis 1945, on a du mal à imaginer la violence barbare qui s’est déchaînée. Avec son talent coutumier, Jean Lopez a su recréer l’ambiance de cauchemar propre à ce drame d’une ampleur inouïe. Dans une Allemagne en proie à la destruction, hantée par l’arrivée du rouleau compresseur soviétique avide de vengeance, alors que la guerre est perdue, le système nazi accomplit jusqu’au bout son œuvre de destruction. A l’égard de son propre peuple d’abord, appelé à suivre le régime au fond du gouffre : les tièdes, à commencer par les déserteurs, sont impitoyablement éliminés. Et plus généralement à l’égard de toute vie humaine. On demeure confondu de penser que, jusqu’au bout, la machine concentrationnaire poursuit son travail de mort. Alors que tout est perdu, le nazisme entend gagner du temps pour achever l’anéantissement du peuple juif et des slaves, ces races jugées dégénérées par celle des « seigneurs ». A l’aide de nombreux témoignages, fort des plus récentes avancées de la recherche historique, Jean Lopez retrace le calvaire d’une Europe en proie à la mort et au chaos. Alors qu’il n’y a plus d’issue, Hitler lance ses ultimes ressources pour continuer d’alimenter le brasier qu’il avait allumé en 1939 avec la torche de la fureur.

On ne saluera jamais assez la fluidité du style et la clarté du propos, marques de fabrique des ouvrages signés Jean Lopez. Ce livre s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs.

 

Jean Lopez, Les cent derniers jours d’Hitler, Perrin, 2015, 277 pages, 24.90 €