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Littérature Recensions

Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature

Broché : 896 pages
Editeur : Plon (25 août 2016)
Collection : Dictionnaire amoureux
Langue : Français
ISBN-10 : 2259228186
ISBN-13 : 978-2259228183
Dimensions : 13,3 x 4,6 x 20,2 cm

 Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature

Il fallait s’attendre à ce que la collection des Dictionnaires amoureux soit complétée d’un volume consacré à la littérature. C’est désormais chose faite avec ce Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature signé Pierre Assouline, à qui l’on doit, entre autres, une biographie remarquée de Georges Simenon. Rien n’est plus subjectif que l’esprit de cette collection. En conséquence, l’auteur conduit le lecteur par la main parmi les œuvres et en compagnie des auteurs vers qui penche son cœur. Sauf exception, ce dictionnaire ne parle pas des auteurs français contemporains, jugés probablement trop narcissiques. En revanche, Russes et Américains, du Nord comme du Sud, sont très présents. Les attachements de l’auteur sont immédiatement visibles, lui qui a le souci d’honorer les très grands (Faulkner, Proust, Mann, Kafka) et les moins grands comme Gaston Leroux, le créateur de Rouletabille. Surprise ! Rien sur Hugo et Balzac, mais de bien belles notices relatives à Pierre Michon et Erri de Luca, des auteurs de valeurs certes, mais peu connus du grand public. Rien non plus, évidemment, sur ces champions de l’édition que sont Marc Lévy et Guillaume Musso. Quant à J.-K Rowling, qui a imaginé le monde enchanté de Harry Potter, elle a droit à un petit article qui montre toute la réserve de Pierre Assouline à son endroit. Si l’un des buts assigné à ce livre est de donner le goût de la découverte, eh bien il est réussi ! Ici, pas d’articles fouillé d’une longueur démesurée, mais le désir d’entrer et de prendre ses aises dans cet univers magique qu’est la lecture.

 

Pierre Assouline, Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature, Plon, 2016, 882 pages, 25 €

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Histoire Recensions

Carthage – Histoire d’une métropole méditerranéenne

Broché : 464 pages
Editeur : Perrin (14 avril 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262041121
ISBN-13 : 978-2262041120
Dimensions : 15,5 x 3,7 x 24,1 cm

 Carthage

Dans la mémoire collective Carthage continue de souffrir la comparaison avec Rome. Alors que la cité punique s’effondrait en 146 avant J.-C. sous les coups de l’occupant romain, l’histoire à la fois longue et prestigieuse de Rome ne faisait que commencer. Il n’empêche : le conflit entre les deux cités rivales a marqué l’histoire de la Méditerranée. L’ouvrage de Khaled Melliti ne se voulant pas exhaustif, on pourra regretter l’absence de certains domaines. Dommage par exemple que la vie quotidienne à Carthage ne soit pas évoquée ; elle aurait pu amener d’intéressantes comparaisons avec La vie quotidienne à Rome vue par Jérôme Carcopino. Certes, l’ouvrage de ce dernier se situe au premier siècle de notre ère mais les trois siècles qui séparent l’apogée de la puissance carthaginoise et le début de l’Empire romain se situent dans le domaine de réflexion de l’histoire longue. Regret, a-t-on signalé, d’une histoire purement diplomatique et militaire, tentation de nombreux livres d’histoire qui préfère se pencher en détail sur l’histoire des dynasties plutôt que sur l’histoire vécue des peuples. Cela étant dit, on saluera le gros travail d’érudition de Khaled Melliti ainsi que la façon claire avec laquelle il narre les guerres puniques. Après les foudroyants succès d’Hannibal en Italie (victoire de Cannes en 216) et la défaite devant les troupes de Scipion sur le territoire même de Carthage, les historiens avaient tendance à considérer comme du menu fretin les années qui suivaient. L’auteur insiste avec raison sur les considérants qui ont amené Rome à vouloir se débarrasser une bonne fois pour toute de sa rivale, semblant donner raison à l’obsession de Caton l’Ancien pour qui « Carthage devait être détruite ». C’est la résurrection économique, au début du II° siècle de notre ère, qui va peu à peu conduire Rome sur les chemins du déshonneur : la crainte d’avoir à affronter une puissance punique renouvelée – après les très dures guerres puniques – valait bien la destruction complète de Carthage par les soldats de Scipion Emilien.

 

Khaled Melliti, Carthage, Perrin, 2016, 549 pages, 25€

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Recensions Religion

Le livre de Job

Relié : 143 pages Editeur : Cerf (8 avril 2016) Collection : Mon ABC de la Bible Langue : Français ISBN-10 : 2204106194 ISBN-13 : 978-2204106191 Dimensions : 19,5 x 1 x 12,5 cm
Relié : 143 pages
Editeur : Cerf (8 avril 2016)
Collection : Mon ABC de la Bible
Langue : Français
ISBN-10 : 2204106194
ISBN-13 : 978-2204106191
Dimensions : 19,5 x 1 x 12,5 cm

 Le livre de Job

Les Editions du Cerf ont mille fois raison de proposer cette collection très pédagogique des ABC de la Bible. En un temps où la culture tirée de la Bible ne va plus de soi, mieux vaut s’approprier la lecture de cette vaste bibliothèque qu’est la Bible à l’aide de mouvements concentriques tendant à se rapprocher toujours un peu plus du noyau dur. Avec pédagogie, le P. Bertrand Pinçon, professeur d’exégèse de l’Ancien Testament, propose un parcours d’un peu plus d’une centaine de pages dans un des livres les plus célèbres du Premier Testament. Même les non-spécialistes n’hésitent pas à s’approcher du livre de Job, ce que fait par exemple Didier Decoin dans son superbe Dictionnaire amoureux de la Bible. Il est vrai que ce livre pose une question qui existe depuis toujours, LA question : Comment se fait-il que Dieu tolère la souffrance de l’innocent ? Cette question, combien de croyants, dans les camps ou autres lieux de mort et de torture, se la sont posée. Dieu serait-il à ce point sourd à la souffrance de ses enfants ? Et « comment justifier qu’un malheur puisse atteindre si gravement un innocent ? » (p. 131) En de courts chapitres, l’auteur tente de répondre aux questions qui, depuis fort longtemps, tarabustent le croyant. Si le livre de Job traite essentiellement le problème du mal, il touche, incidemment, à d’autres thèmes tout aussi forts comme le silence de Dieu devant la souffrance de l’innocent, sa souveraine liberté devant la justice comme face à l’injustice, etc. A travers la « relation tumultueuse que l’homme blessé entretient avec son Dieu » (p. 10), le livre de Job ne donne pas de réponse à la question du mal, d’où notre malaise devant un Dieu qui ne répond pas directement aux questions que pose Job : Pourquoi, Seigneur, fais-tu souffrir le juste, sans cause ni raison ? En donnant la parole à la Création, Dieu parvient à apaiser l’angoisse de Job. L’essentiel est ceci : Jamais Dieu ne laissera tomber l’homme.

Cette synthèse fort réussie fait honneur à la collection des ABC de la Bible.

 

Bertrand Pinçon, Le livre de Job, Cerf, 2016, 149 pages, 14€

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Actualités Recensions

La haine du monde

Broché : 237 pages Editeur : Cerf (5 février 2016) Collection : PHILO Langue : Français ISBN-10 : 2204108065 ISBN-13 : 978-2204108065 Dimensions : 21 x 1,9 x 13,5 cm
Broché : 237 pages
Editeur : Cerf (5 février 2016)
Collection : PHILO
Langue : Français
ISBN-10 : 2204108065
ISBN-13 : 978-2204108065
Dimensions : 21 x 1,9 x 13,5 cm

 La haine du monde

Le dernier livre de la philosophe Chantal Delsol donne le sentiment que cette dernière clôt un chapitre d’une réflexion entamée dès 2011 avec L’âge du renoncement. Elle poursuit sa recherche dans un livre dense avec pour sous-titre : « Totalitarismes et postmodernité ». Pour Chantal Delsol, les sociétés occidentales contemporaines sont traversées par deux courants principaux. Le premier, qui s’origine dans les Lumières et les années les plus sanglantes de la Révolution française, a pour but l’émancipation totale des individus, lequel doit s’affranchir du poids de l’histoire, des traditions, un individu oublieux de ce qui le fonde, un quidam hors-sol, nomade, obnubilé par la consommation et le divertissement. Tout au contraire, le second courant vise à préserver les racines, à faire prendre conscience à l’individu qu’il est le fruit d’une histoire et d’une mémoire, que le passé l’oblige, que tout n’est pas permis et que l’existence peut être tragique. Le premier courant, qui se réfère sans cesse aux droits de l’homme, est aussi inconséquent que naïf : il n’imagine pas à quel point il se rattache, par les buts qu’il recherche, aux totalitarismes les plus furieux du siècle passé, le communisme en premier lieu. Ce dernier, à l’instar du courant transhumaniste contemporain, souhaitait l’apparition d’un homme nouveau, lavé de sa culture et de ses origines. C’était – mais ses partisans ne le voient pas – se rendre pieds et mains liés aux forces les plus puissantes, celles du marché dans lequel tout se vend et tout s’achète et dans lequel le puissant écrase le pauvre et l’innocent. La force de ce courant émancipateur, qu’angoisse Chantal Delsol, se nourrit d’un mépris du peuple déjà à l’œuvre dans les totalitarismes. Si nous retrouvons dernier à l’âge post-moderne, c’est parce qu’il s’agit encore aujourd’hui d’imposer une idéologie pour laquelle les peuples n’ont pas de goût – et donc d’arguer de leur incompétence pour les écarter du pouvoir. » (p. 166) Dans ce livre brillant, Chantal Delsol déroule avec brio une pensée sans compromission.

 

Chantal Delsol, La haine du monde, Cerf, 2016, 238 pages, 19€

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Actualités Recensions

Un silence religieux : La gauche face au djihadisme

Broché : 208 pages Editeur : SEUIL (7 janvier 2016) Collection : H.C. ESSAIS Langue : Français ISBN-10 : 2021298396 ISBN-13 : 978-2021298390 Dimensions : 20,5 x 2 x 14 cm
Broché : 208 pages
Editeur : SEUIL (7 janvier 2016)
Collection : H.C. ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2021298396
ISBN-13 : 978-2021298390
Dimensions : 20,5 x 2 x 14 cm

 Un silence religieux

Depuis les attentats parisiens de l’an passé, combien de fois n’avons-nous pas entendu cette ritournelle : « Ca n’a rien à voir avec l’islam » ? Une partie notable de la gauche a tout fait pour dénoncer par avance tout lien, aussi ténu fut-il, entre l’islam et les terroristes de Charlie Hebdo et du Bataclan. Or, corrige Jean Birnbaum, il faut le dire haut et fort : tout cela a à voir avec l’islam ! Tout bonnement parce que les terroristes se réclament de l’islam, même s’il s’agit d’une version dévoyée ; et ensuite parce qu’il se trouve que, sur la planète, l’islam génère beaucoup d’excès terroristes. Si l’énorme majorité des musulmans ne se sent en rien solidaire des djihadistes, il n’en reste pas moins que ces derniers n’ont de cesse d’appeler au retour de l’islam des origines. C’est bien l’islam qui est concerné, non le judaïsme ou le christianisme ! L’auteur reproche à la gauche de s’aveugler par idéologie et par esprit de repentance. Bien des gens de gauche n’osent pas voir ce qu’ils voient parce qu’ils sont habités par un sentiment de culpabilité. La conséquence en est le vaste déni dont la religion continue à être l’objet : on explique le terrorisme par des causes de nature économique et sociale, jamais religieuse. Les Kouachi et autres Coulibali sont traités de barbares et de psychopathes, des qualificatifs qui permettent d’écarter toute référence à la foi. Le fait majeur, explique l’auteur, « c’est la réticence qui est la nôtre, désormais, à envisager la croyance religieuse comme causalité spécifique, et d’abord comme puissance politique : on adhère spontanément aux explications sociales, économiques ou psychologiques ; mais la foi, personne n’y croit. » (p. 23) Il faut croire que le réel du croyant n’est pas le même que celui de l’homme politique ou du journaliste. La foi conserve un pouvoir de mobilisation que la laïcité – ou, parfois, le laïcisme – ne permet plus de voir. En revisitant la guerre d’Algérie et la pensée marxiste, Jean Birnbaum offre une explication pertinente à un phénomène qui se généralise et dont l’essentiel tient en la confrontation brutale entre l’humanisme socialiste et le fondamentalisme islamiste. Passionnant !

 

Jean Birnbaum, Un silence religieux : La gauche face au djihadisme, Seuil, 2016, 234 pages, 17€

 

 

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Histoire Recensions

Une Histoire de la marine de guerre française

Broché : 528 pages Editeur : Perrin (7 avril 2016) Langue : Français ISBN-10 : 2262037159 ISBN-13 : 978-2262037154 Dimensions t: 15,6 x 3,9 x 24,1 cm
Broché : 528 pages
Editeur : Perrin (7 avril 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262037159
ISBN-13 : 978-2262037154
Dimensions t: 15,6 x 3,9 x 24,1 cm

 Une Histoire de la marine de guerre française

La marine de guerre a-t-elle toujours fait figure de parent pauvre ? La lecture du livre du contre-amiral Rémi Monaque peut le laisser croire. Du reste, il n’est pas le seul à faire ce constat. En 1977, le Britannique H.E. Jenkins, auteur d’une très impartiale Histoire de la marine française, avait tiré un constat identique : Si la France n’a pas à avoir honte de sa marine de guerre, la marine française, à juste titre, peut avoir quelque raison d’avoir honte de la France. A côté de l’habileté d’amiraux comme Duquesne ou Tourville, de la bravoure de corsaires comme Jean Bart et Surcouf, de la qualité de nos vaisseaux du temps de la marine à voile, que d’errements, de reculs et de demi-mesures ! Sauf exception, la marine française n’a pu faire mieux que d’être un brillant second ; les nombreuses déconvenues qu’elle a essuyées sont pour l’essentiel dues aux reculades à un pouvoir politique dont les choix erratiques ont sans cesse balancé : la mer ou la terre ?  La géographie a rendu le choix des plus malaisés. Tandis que les Anglais pouvaient se contenter d’une minuscule armée de terre et avaient par conséquent tout loisir de renforcer leur marine, la France a toujours été tiraillée entre l’appel du large et la défense du territoire national. Comment nos aïeux auraient-ils pu être aussi puissants sur mer que sur terre ? Si certains ministères comme ceux de Richelieu et de Colbert surent donner aux marins les moyens de la puissance, les saccades de l’histoire nationale empêchèrent la France de devenir une très grande puissance maritime. A partir de la Révolution, la marine va connaître un déclin progressif jusqu’à la Première Guerre mondiale. Depuis les années 1980, la marine est soumise à une dure épreuve, ses effectifs et son budget étant sans cesse victimes de purges sévères. Très complète, cette Histoire de la marine se lit avec grand plaisir.

Rémi Monaque, Une Histoire de la marine de guerre française, Perrin, 2016, 526 pages, 26 €

 

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Histoire Recensions

Mussolini. Un dictateur en guerre

Broché : 250 pages Editeur : Perrin (19 mai 2016) Langue : Français ISBN-10 : 2262043728 ISBN-13 : 978-2262043728 Dimensions : 13,9 x 2,4 x 20,9 cm
Broché : 250 pages
Editeur : Perrin (19 mai 2016)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262043728
ISBN-13 : 978-2262043728
Dimensions : 13,9 x 2,4 x 20,9 cm

 Mussolini. Un dictateur en guerre

Si le fascisme semble aussi vilipendé que le nazisme, il s’avère aussi que la comparaison entre ces deux systèmes totalitaires ne vaut pas raison. Bien sûr, le fascisme draina la plupart des oripeaux propres au totalitarisme : enrégimentement de la jeunesse, propagande étouffante, régime à parti unique, chasse aux opposants, dirigisme économique, etc. Cela dit, la comparaison avec le nazisme ou le stalinisme se fait au bénéfice du fascisme. Si le régime mussolinien était dur, il n’était pas impitoyable comme pouvait l’être à la même époque l’Allemagne hitlérienne : pas de camp de la mort, pas de chasse à mort à l’encontre des personnes de confession juive, une monarchie et une Eglise – religion de l’énorme majorité des Italiens – respectées et ainsi de suite. Mais c’est moins les affaires intérieures qui intéressent l’auteur de ce Mussolini que la politique extérieure d’un chef d’Etat dont les rodomontades ne purent jamais dissimuler la faiblesse congénitale d’un régime reposant sur une base trop fragile. En matière de politique étrangère et de diplomatie, l’histoire de l’Italie mussolinienne emprunte beaucoup à la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.  Désireux d’agrandir l’empire colonial italien et de jouer dans la cour des grands, le Duce s’enflamma pour une politique de grandeur dont l’Italie n’avait assurément pas les moyens. « C’est une guerre pour les Allemands ou les Japonais, disait le Duce, pas pour nous. » (p.217) Doté d’un équipement industriel vieillot et d’un outil militaire inadapté, l’Italie sera, jusqu’en 1943, constamment à la remorque de son puissant allié du nord. S’illusionnant sur les capacités d’une nation insuffisamment industrialisée, l’Italie fut incapable de soutenir la guerre parallèle en Méditerranée. Pour l’Italie la guerre se résuma en une succession de défaites, de mécomptes et de désillusions.

Max Schiavon a réussi à dresser le portrait d’un homme pas forcément antipathique mais égaré par son appétit de puissance.

 

Max Schiavon, Mussolini. Un dictateur en guerre, Perrin, 2016, 270 pages, 21€

 

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La cause des vaches

Broché : 144 pages Editeur : LE ROCHER EDITIONS (2 mai 2016) Collection : ESSAIS Langue : Français ISBN-10 : 2268084752 ISBN-13 : 978-2268084756 Dimensions : 18,5 x 1,1 x 12,6 cm
Broché : 144 pages
Editeur : LE ROCHER EDITIONS (2 mai 2016)
Collection : ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2268084752
ISBN-13 : 978-2268084756
Dimensions : 18,5 x 1,1 x 12,6 cm

 La cause des vaches

Décidément, le pognon emporte tout. On s’était peu à peu résigné à la mort du monde rural d’autrefois, à la fin des paysans ; c’était déjà difficile car c’était biffer d’un coup des siècles d’histoire, tirer un trait sur nos paysages et nos traditions. Pour certains, notamment les champions de l’agrobusiness, tout cela n’est pas suffisant. Ce qui compte, n’est-ce pas, c’est le rendement, ce sont les milliers de litres de lait collectés chaque jour que Dieu fait et, tout au bout de la chaîne, la viande qui sera désossée, découpée, charriée, hachée pour finir chez le boucher ou sur l’étal de la grande surface. Afin d’aller toujours plus vite, des paysans qui n’en sont pas ont pensé raccourcir, brûler les étapes. A quoi bon, par exemple, permettre aux vaches de se dégourdir les pattes dans une prairie ? Mieux vaut qu’elles demeurent astreintes 24 heures sur 24 à leur poste, qu’elles mangent, boivent et donnent du lait. C’est ce à quoi ont songé les concepteurs de la ferme des mille vaches, en Picardie. Christian Laborde ne peut se résigner au sort si tragique de ces troupeaux qui jamais ne connaîtront le bleu du ciel et la verdure des pâturages. Il en appelle à notre humanité, à notre conscience d’êtres sensibles.

La cause des vaches n’est pas seulement un cri du cœur poétique consacré à la défense des droits des animaux, c’est surtout un essai s’attachant à la sauvegarde de l’humanité de l’homme, afin qu’il ne s’ensauvage pas et ne sombre pas dans des délires prométhéens. Parlant des vaches, le livre se consacre à l’homme. Ce beau texte, un tantinet nostalgique, même si l’auteur s’en défend, nous renvoie à l’époque où les cours des fermes sentaient la paille fraîchement coupée et les vaches portaient un nom, pas un numéro. Les vaches ne sont pas sacrées, rétorqueront les tenants de l’agro-business ! Justement si ! répond Christian Laborde. La preuve, c’est qu’enfant il a vu « Monsieur le curé bénir le bétail dans les fermes et leur parler du paradis. » (p. 59)

 

Christian Laborde, La cause des vaches, Editions du Rocher, 2016, 143 pages, 15€

 

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Actualités Recensions

Dictionnaire amoureux de l’Orient

Broché : 800 pages Editeur : Plon (7 avril 2016) Collection : Dictionnaire amoureux Langue : Français ISBN-10 : 2259227430 ISBN-13 : 978-2259227438 Dimensions : 13,5 x 3,8 x 20,2 cm
Broché : 800 pages
Editeur : Plon (7 avril 2016)
Collection : Dictionnaire amoureux
Langue : Français
ISBN-10 : 2259227430
ISBN-13 : 978-2259227438
Dimensions : 13,5 x 3,8 x 20,2 cm

 Dictionnaire amoureux de l’Orient

La surprenante collection des « Dictionnaires amoureux » vient de s’enrichir d’un ouvrage passionnant dû à la plume d’un amoureux de l’Orient. En un temps où revient en mémoire la thèse du choc des civilisations, qu’il fait du bien de lire les propos pacifiants d’une personne qui connaît l’Orient, non seulement par les livres mais aussi et surtout par les voyages qu’elle a pu y faire et les personnes qu’elle y a rencontrées. Comme d’habitude, et c’est l’originalité de la collection, l’ouvrage ne prétend pas à l’exhaustivité. Ce n’est pas un livre savant affichant le désir de faire connaître la région de A à Z. L’auteur s’est concentré sur une bonne centaine d’entrées. Le poids de l’histoire et de la religion est bien sûr énorme ; il renvoie à ce célèbre mot du Général de Gaulle faisant allusion à cette région peu étendue et qui a cependant suffi à une si grande histoire. Il faisait allusion à la naissance des monothéismes, à commencer par celui du Dieu d’Israël. Passionnant à lire et servi par un style fluide, ce Dictionnaire amoureux de l’Orient possède les atouts d’un livre destiné à faire date. Tous les articles sont intéressants, y compris ceux qui de prime abord semblent les plus convenus, ceux à propos desquels on ne voit pas bien ce que l’on peut ajouter aux habituels lieux communs. Parmi les pépites distillées par René Guitton, j’ai retenu les entrées consacrées à Agatha Christie, mariée à un archéologue qui a longtemps arpenté le Moyen-Orient, ou encore l’article sur le Saint-Sépulcre. Les pages relatives à la Bible ou au Coran sont toutes marquées par le désir de mieux connaître l’autre, de voir en lui un alter ego, un frère, non un ennemi et un étranger. Au fond, ce livre donne envie de partir à la découverte, une découverte qui serait passionnée et sympathique. Si toute chose à son revers, René Guitton s’est attaché à retenir d’abord l’apport positif des civilisations de l’Orient au patrimoine mondial. Et comme il ne le fait pas sans humour, cela donne un prix supplémentaire à son entreprise.

René Guitton, Dictionnaire amoureux de l’Orient, Plon, 2016, 710 pages, 25€

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Recensions Religion

Un silence religieux

Broché : 208 pages
Editeur : SEUIL (7 janvier 2016)
Collection : H.C. ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2021298396
ISBN-13 : 978-2021298390
Dimensions : 20,5 x 2 x 14 cm

 Un silence religieux

Depuis les attentats parisiens de l’an passé, combien de fois n’avons-nous pas entendu cette ritournelle : « Ca n’a rien à voir avec l’islam » ? Une partie notable de la gauche a tout fait pour dénoncer par avance tout lien, aussi ténu fut-il, entre l’islam et les terroristes de Charlie Hebdo et du Bataclan. Or, corrige Jean Birnbaum, il faut le dire haut et fort : tout cela a à voir avec l’islam ! Tout bonnement parce que les terroristes se réclament de l’islam, même s’il s’agit d’une version dévoyée ; et ensuite parce qu’il se trouve que, sur la planète, l’islam génère beaucoup d’excès terroristes. Si l’énorme majorité des musulmans ne se sent en rien solidaire des djihadistes, il n’en reste pas moins que ces derniers n’ont de cesse d’appeler au retour de l’islam des origines. C’est bien l’islam qui est concerné, non le judaïsme ou le christianisme ! L’auteur reproche à la gauche de s’aveugler par idéologie et par esprit de repentance. Bien des gens de gauche n’osent pas voir ce qu’ils voient parce qu’ils sont habités par un sentiment de culpabilité. La conséquence en est le vaste déni dont la religion continue à être l’objet : on explique le terrorisme par des causes de nature économique et sociale, jamais religieuse. Les Kouachi et autres Coulibali sont traités de barbares et de psychopathes, des qualificatifs qui permettent d’écarter toute référence à la foi. Le fait majeur, explique l’auteur, « c’est la réticence qui est la nôtre, désormais, à envisager la croyance religieuse comme causalité spécifique, et d’abord comme puissance politique : on adhère spontanément aux explications sociales, économiques ou psychologiques ; mais la foi, personne n’y croit. » (p. 23) Il faut croire que le réel du croyant n’est pas le même que celui de l’homme politique ou du journaliste. La foi conserve un pouvoir de mobilisation que la laïcité – ou, parfois, le laïcisme – ne permet plus de voir. En revisitant la guerre d’Algérie et la pensée marxiste, Jean Birnbaum offre une explication pertinente à un phénomène qui se généralise et dont l’essentiel tient en la confrontation brutale entre l’humanisme socialiste et le fondamentalisme islamiste. Passionnant !

 

Jean Birnbaum, Un silence religieux, Seuil, 2016, 234 pages, 17€