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L’emprise sportive

Broché: 192 pages
Editeur : François Bourin Editeur (23 mai 2012)
Collection : SOCIETE
Langue : Français
ISBN-10: 2849413232
ISBN-13: 978-2849413234
Dimensions : 20,8 x 13 x 2 cm

 L’emprise sportive

C’est une vague qui n’en finit pas, une invasion qui ne dit pas son nom ; sa présence est partout et, pauvres quidams que nous sommes, nous ne pouvons y échapper. Le sport et l’information sportive ont envahi nos écrans et nos imaginaires. Ils nous cernent. Pour échapper à leur emprise, il faudrait fermer tous nos postes, radio, télés et autres. Même dans les quotidiens régionaux, six à huit pages sont quotidiennement dévolues au sport, divinité tutélaire d’un monde qui a rejeté les anciens cultes. Le matin, à la radio, sur certaines chaînes généralistes, le sport occupe une place de choix ; il est au moins aussi important que l’actualité internationale. Ses vedettes occupent une telle place qu’on les trouve par paquets dans le classement des personnalités préférées des Français. Comme si cela ne suffisait pas, on demande à telle star du rugby ou de la natation de commenter l’actualité, de donner son avis sur tel fait de société. C’est ainsi qu’on a eu le triste privilège d’assister, par micros interposés, à un débat sur l’immigration entre le footballeur Lilian Thuram et Alain Finkielkraut, professeur au Collège de France. Ce qui logiquement aurait dû se terminer par la déroute du premier s’acheva par un match nul. C’est que pour beaucoup, notamment dans le monde médiatique, les propos d’un sportif ont autant sinon plus de poids que ceux d’un intellectuel qui a réfléchi durant trente ans à telle ou telle question. Ajoutons que le sport a généré, durant ces dernières décennies, un conformisme incroyable et des montagnes de sottises : n’a-t-on pas dit par exemple, après la victoire de l’équipe de France dans le Coupe du Monde de 1998, que ce succès signait la victoire définitive d’une France multiculturelle apaisée ? Sept ans après, les banlieues flambaient dans un climat quasi insurrectionnel. L’invasion du sport n’a pas manqué de faire des dégâts collatéraux. La place survalorisée du sport n’a pas manqué d’entraîner la chute de la culture classique, emportée comme fétu de paille et remplacée par une nouvelle doxa ayant le sport comme colonne vertébrale.

Ayant été sportif amateur durant sa jeunesse, Robert Redeker ne livre pas ici un combat contre le sport, et Dieu sait s’il l’a aimé ! Combien de fois n’a-t-il pas vibré, dans sa jeunesse, aux exploits de Gachassin ou des frères Spanghero ? Ce qu’il déplore, ce qui le fâche, c’est de voir ce que le sport est devenu : un monde gangrené par l’argent où des mercenaires body-buildés se vendent au plus offrant, où le panache et l’honneur ont cédé la place aux cultes du résultat et de la performance. L’idéologie sportive secrète une démesure qui ne laisse aucune place au faible, au poète, au philosophe, au rêveur. Parmi les méfaits qu’entraîne la survalorisation de la place du sport, l’auteur met en avant l’incroyable renversement des valeurs auquel nous assistons depuis peu : « Des mercenaires  immatures et cupides tapant dans un ballon sont élus au rang de divinités  quand les véritables créateurs de civilisation, dont l’avenir retiendra les noms – poètes, penseurs, peintres, sculpteurs, savants – sont rejetés dans l’ombre. » (p. 17)  Il y a quatre ans, dans un ouvrage de la même veine, R. Redeker se demandait si le sport était inhumain. La réponse qu’il donne aujourd’hui n’est pas définitive mais, ce qu’il y a de certain, c’est qu’entretemps le sport n’a certainement pas gagné en humanité.

Robert Redeker, L’emprise sportive, François Bourin Editeur, 2012, 184 pages, 19 €

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