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La dernière frontière

Broché: 368 pages
Editeur : Souffles (26 novembre 2009)
Collection : Arbres de chair
Langue : Français
ISBN-10: 2876580802
ISBN-13: 978-2876580800
Dimensions : 18,8 x 14,2 x 2,6 cm

 La dernière frontière

Le public français connaît bien Jack London, un peu moins James Oliver Curwood, pas du tout Grey Owl (« Hibou gris »). Pour une grande part, ce désintérêt est de la faute de ce dernier. Après tout, ne l’a-t-il pas cherché lui qui, longtemps, s’est fait passer pour ce qu’il n’était pas ? Lorsqu’il se fait connaître au monde en publiant ses premiers livres, dans les années 1920 – 1930, tout le monde croit qu’il s’agit d’un Indien possédant des lettres. S’il possède le physique de l’Indien, Grey Owl n’est autre qu’Archibald Belaney, né en 1888, un Anglais fasciné depuis sa tendre enfance par les étendues vierges. A 17 ans, A. Belaney quitte l’Europe pour le Grand Nord canadien.

Tour à tour trappeur, guide et garde forestier, il devient un amoureux fou du grand désert blanc. Converti à l’écologie, frappé par les déprédations qu’opère la civilisation sur ces espaces préservés, angoissé devant l’avenir de tribus indiennes happées par la civilisation moderne, Grey Owl destine la dernière partie de sa vie à une croisade en faveur de la préservation des solitudes glacées. Que ce soit dans La dernière frontière ou Les récits de la cabane abandonnée, il y a toujours cet amour passionné des grands espaces, le respect dû aux Indiens, la sauvegarde de la faune et de la flore.  La dernière frontière constitue le récit sobre, autobiographique, d’une vie consacrée à un mode de vie, celui des Indiens et des premiers trappeurs, des gens qui, lors des périodes de chasse, ne prélevaient que ce qui était nécessaire. Grey Owl n’a pas de mots assez durs à l’égard de ceux qu’il appelle les sportmen, citadins faisant de ces grandes étendues un immense terrain de jeu et de chasse et qui prélèvent sur la faune plus que leur comptant. Pareil pour ceux qui arrivent attirés par le seul appât du gain : « Le progrès laisse ici, partout où il passe, des ruines », s’insurge G. Owl. S’il n’a pas le style puissant de J. London, Grey Owl est néanmoins un superbe écrivain. L’amour de la nature vierge a fait de lui un poète. Certaines pages de La dernière frontière laissent une impression ineffable. A l’heure où les grands équilibres environnementaux sont plus que jamais en péril, il faut lire Grey Owl : les leçons de vie qu’il procure sont à méditer. Puissions-nous, alors que tant d’espèces animales sont menacées, être pris du sentiment qui le saisit lorsque, lors d’une chasse, il se retient de tirer sur un castor : « Il me sembla que toute la nature me respectait d’avoir respecté son sanctuaire, de n’avoir pas profané cette heure bénie et parfaite » (p. 219).

Grey Owl, La dernière frontière, Souffles, 2009, 366 pages, 22 €

 

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