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Histoire Recensions

Bérézina

Broché : 199 pages
Editeur : Guérin (22 janvier 2015)
Collection : Démarches
Langue : Français
ISBN-10 : 2352210895
ISBN-13 : 978-2352210894
Dimensions : 21 x 1,5 x 13,2 cm

 Bérézina

Les débuts de siècle sont l’occasion de célébrer de maintes façons l’épopée napoléonienne. De 2004 (sacre de Napoléon à Notre-Dame) à 2021 (mort de l’Empereur à Sainte-Hélène), chaque année donne l’idée de se plonger dans la geste impériale. L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson n’a pas attendu une quelconque célébration officielle pour prendre les devants. En 2012, avec quelques potes, dont des Russes, il a effectué à moto – un vieux side-car soviétique de marque Oural – le trajet qu’avaient réalisé, depuis Moscou, les survivants de la Campagne de Russie. En octobre 1812, dans une ville complètement détruite, l’Empereur Napoléon, navré du rejet de ses offres de paix par le tsar Alexandre I°, ne voyait plus d’autre recours que de regagner la France au plus tôt. C’était jouer gros car la neige, qui tomba d’abondance dès octobre, annonçait un hiver rigoureux. Deux siècles après, on demeure stupéfait devant les efforts surhumains déployés par des soldats marchant dans le froid sans nourriture. Encore ébahi par les exploits de la Grande Armée, Sylvain Tesson a effectué en une douzaine d’étapes les 2 500 kilomètres séparant Moscou de Paris. Il les a faits à sa façon : bravache et décalée. Bérézina offre le mélange des souvenirs du motocycliste contemporain et des pensées que lui procure cette équipée sauvage car, n’est-ce pas, « le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d’idées au retour qu’au départ. » (p. 177) Pour le reste, les habitués de la verve « tessonienne » ne seront pas dépaysés : l’auteur et ses acolytes ne se prennent jamais trop au sérieux, balançant entre souvenirs mélancoliques et rasades de vodka.

Il y a toujours de l’intérêt à lire Tesson : pour les histoires qu’il raconte, les souvenirs qu’il livre ainsi que son regard sur le monde qui tourne, un regard souvent impertinent et critique. Alors que notre monde porte au pinacle modes, consommation et réussite individuelle, voilà longtemps que Tesson s’est rallié à l’enthousiasme des soldats de l’Empire qui, eux, combattaient pour la gloire et l’honneur. La destinée du grognard, c’était la gloire ; l’horizon de l’individu d’aujourd’hui, c’est le shopping.

 

Sylvain Tesson, Bérézina, Editions Guérin, 2015, 199 pages, 19.50 €

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Recensions Témoignages

Dans les forêts de Sibérie

Poche: 304 pages
Editeur : Folio (26 avril 2013)
Collection : Folio
Langue : Français
ISBN-10: 207045150X
ISBN-13: 978-2070451500
Dimensions : 17,8 x 10,8 x 1,2 cm

 Dans les forêts de Sibérie

Avec ce nouvel opus, Sylvain Tesson nous offre un incroyable bol d’air glacial, un air sibérien, à proximité du Lac Baïkal. Las de cette vie moderne qui ne fait plus la place au silence et à l’intériorité, l’auteur a vécu, durant six mois, une vie d’ermite au bord du Baïkal, le plus grand lac du monde, en pleine Sibérie, là où faire des centaines de kilomètres sans rencontrer âme qui vive ressort de l’ordinaire. Dans sa cabane, l’ermite volontaire savoure le temps qui passe, il prend plaisir à ne rien faire, à contempler le rythme des jours et des saisons. Notre Robinson Crusoë n’est pas venu les mains vides. Il est arrivé avec des vivres, du matériel, une caisse de livres, de la vodka et… des icônes orthodoxes, histoire de s’immerger pleinement dans l’éternelle Russie. Ah ! Lire Hemingway ou Camus, seul dans sa cabane, alors que le voisin le plus proche habite à quatre heures de marche, quelle volupté ! Bien sûr, il y a un prix à payer à cette fuite du monde : on ne revient pas indemne de six mois de solitude ou, à l’exception de quelques rares visites, les seuls êtres animés rencontrés sont des animaux sauvages. Il n’en reste pas moins que l’auteur met le doigt sur une aspiration, un fantasme que probablement beaucoup partagent : une vie simple, loin du charivari engendré par la vie moderne.

Pour s’évader d’un quotidien qu’ils jugent morne et routinier, nombreux sont-ils à prendre la route ou l’avion pour… s’entasser sur une plage des Antilles ou de Thaïlande. Ce qui paraît pour beaucoup le comble de l’exotisme ne souffre pas la comparaison avec l’expérience vécue par l’auteur qui, après avoir lu la Vie de Rancé, consigne ces lignes : « L’exotisme, c’est de naviguer dans les intrigues politiques, les chinoiseries de la cour versaillaise, les haines mazarines et les brûlures jansénistes pendant que le vent agite doucement les cèdres sibériens. » (p. 171).

On connaissait les qualités d’écriture de Sylvain Tesson. Le Prix Médicis qui a été décerné à ce livre est amplement mérité. De superbes trouvailles stylistiques – comme ce bel oxymore : « On ne se sent jamais aussi vivant que mort au monde », d’une grande vérité – donnent encore plus de corps à une oeuvre envoûtante.

 

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2012, 267 pages, 17.90 €