La cause du peuple

Broché : 464 pages
Editeur : Perrin (28 septembre 2016)
Collection : HORS COLLECTION
Langue : Français
ISBN-10 : 2262069360
ISBN-13 : 978-2262069360
Dimensions : 15,6 x 4 x 24,1 cm

 La cause du peuple

Patrick Buisson, l’ancien conseiller du Président Sarkozy, revisite le précédent quinquennat d’une façon originale et enlevée. Ici, rien d’une trame chronologique narrant de 2007 à 2012 les épisodes les plus tumultueux de la présidence Sarkozy, mais l’analyse au scalpel d’un échec programmé dès le début. Pour P. Buisson, en effet, l’échec de Nicolas Sarkozy face à François Hollande en 2012 tient pour une grande part à l’incapacité à demeurer campé sur une ligne, celle de la cause du peuple. Au lieu de redonner la parole aux anonymes, aux perdants de la mondialisation, bref à la France des « petits blancs », Nicolas Sarkozy s’est enferré dans son copinage avec les puissants et les riches. Dès son élection la cause était jouée. Comment rendre la souveraineté au peuple, dire que l’on entend ses souffrances et, quelques jours plus tard, fréquenter les patrons du Cac 40 ? Grand écart intenable… Les chapitres revisitent les thèmes chers à l’auteur, thèmes dont il tenté d’infuser la pertinence chez l’ancien président et l’équipe qui l’entourait : l’identité nationale, le rapport au religieux, la politique de civilisation… Patrick Buisson analyse en surplomb des chapitres dont l’actualité nous montre qu’ils demeurent de vrais sujets de débat. La cause du peuple n’est pas un livre politique comme les autres ; plus exactement c’est un livre qui magnifie la politique. Foin des petites bagarres politiciennes n’ayant aucun intérêt. Avec une capacité d’analyse très aiguë, aidé d’une vaste culture littéraire et historique, Patrick Buisson se livre à une étude serrée de la société française, minée par le communautarisme, fragmentée, livrée pieds et mains liés à la consommation, dépossédée de sa souveraineté. Comment l’un des premiers Etats-nations du continent est-il devenu ce conglomérat, ce territoire à prendre, cette forteresse vide ? Non seulement La cause du peuple tend à consacrer le peuple comme artisan de son destin, mais il se livre à une analyse sans concession d’un pouvoir déliquescent, habité par des gens sans conviction. Un grand livre.

Patrick Buisson, La cause du peuple, Perrin, 2016, 460 pages, 21.90€

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Un an dans la vie d’une forêt

Poche : 366 pages
Editeur : Flammarion (9 mars 2016)
Collection : Libres champs
Langue : Français
ISBN-10 : 2081375656
ISBN-13 : 978-2081375659
Dimensions : 17,8 x 1,5 x 10,9 cm

 Un an dans la vie d’une forêt

A l’instar des moines bouddhistes qui cherchent à contempler l’univers à partir d’un cercle de terre ou de sable appelé mandala, le biologiste américain David Haskell a voulu observer, au cœur de la forêt des Appalaches, à l’est des Etats-Unis, un mètre carré de verdure. Il a été poussé à faire cette expérience parce qu’il était convaincu « que l’écosystème forestier tout entier est visible sur une parcelle de la taille d’un mandala » (p. 8). Oui, il est possible, quand on est biologiste de chercher à comprendre une forêt par la contemplation d’un arbre ou d’un caillou, le vol d’un rapace, le ballet d’un écureuil. Tout devient objet d’examen, d’observation… et d’étonnement : la danse amoureuse des escargots, hermaphrodites comme chacun sait, le travail des fourmis, la gourmandise de ces milliards de minuscules insectes qui dévorent les feuilles tombées des arbres en automne, la façon dont les plantes se protègent d’un froid trop intense ou d’une brusque sécheresse… L’observation est ici d’une finesse et d’une méticulosité incroyables. Alors que le commun ne voit dans une salamandre qu’un animal, certes utile mais peu ragoutant, le biologiste s’extasie sur son système respiratoire, lequel permet à la salamandre (qui respire par la peau) « de se colleter avec ses proies sans devoir s’arrêter pour respirer. » (p. 68) L’architecture d’un arbre donne l’idée à l’auteur de voir quelles sont les ramilles qui, dans la courses qu’elles se livrent pour gagner de la lumière, échapperont à la mort. Mêmes les herbes les plus menues et les mousses les plus insignifiantes deviennent un objet d’étude. Dans le vaste théâtre de la nature, rien n’est là par hasard. Tout, y compris ce qui semble négligeable et infime, a son importance.

Hymne à la nature empli de poésie, remarquablement écrit et traduit, Un an dans la vie d’une forêt fait toucher du doigt la prodigieuse richesse et inventivité de la Création. Ce livre devrait être sur la table de chevet de tous ceux qui voient dans le progrès à tout crin la destinée ultime de l’espèce humaine. Notre avenir, dit D. Haskell, réside dans une communion étroite de l’homme avec la nature. Sachons la protéger ; il n’existe pas de terre de rechange.

 

David G. Haskell, Un an dans la vie d’une forêt, Champs Flammarion, 2016, 367 pages, 9€

 

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Immortelle randonnée

Poche : 288 pages
Editeur : Folio (2 octobre 2014)
Collection : Folio
Langue : Français
ISBN-10 : 2070455378
ISBN-13 : 978-2070455379
Dimensions : 11 x 2,7 x 17,7 cm

 Immortelle randonnée

Revenu de son expérience politique – il a été ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010 -, Jean-Christophe Rufin a donné de son périple sur les pas de saint Jacques un récit passionnant et tout en délicatesse. Le sous-titre – Compostelle malgré moi – peut surprendre, il est là juste par souci d’honnêteté. En effet, la perspective croyante ne fait pas partie du bagage spirituel que porte J-C. Rufin. Le périple à Compostelle comportera certes des instants de spiritualité qui, parfois, iront jusqu’à émouvoir l’écrivain, comme ces eucharisties célébrées devant un petit nombre de pèlerins dans telle église ou telle chapelle qui lui rappelleront la religion de son enfance, mais là n’est pas l’essentiel. Immortelle randonnée se veut le récit au quotidien d’un parcours de plus de huit cents kilomètres jalonnés de lieux de mémoire, de petits hôtels proprets, d’auberges plus ou moins bien tenues. C’est évidemment l’opportunité de multiples rencontres fortuites durant lesquelles l’occasion est donnée de constater les diverses façons qu’il y a à entreprendre ce pèlerinage. La palette est large entre celui qui scrupuleusement se met dans la peau d’un pèlerin du Moyen Age au jeune cadre espagnol qui assure juste les deux cents derniers kilomètres, histoire d’alimenter son cv. Mais, pour les stressés que nous sommes, Compostelle est l’occasion d’un dépouillement rédempteur. C’est même, selon l’expression de l’auteur, une sorte de pèlerinage bouddhiste ; « Il délivre des tourmentes de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l’esprit et toute souffrance du corps […] ; il met le moi en résonance avec la nature. » (p. 181) Le récit a tôt fait de débarrasser le lecteur de la gangue d’illusions qui pouvait éventuellement nourrir son optimisme spirituel. Hélas, il faut le dire, « le Chemin est seulement un des produits offerts à la consommation dans le grand bazar postmoderne. » (p. 77)

Bien des récits ont été écrits sur le pèlerinage à Compostelle, mais peu possèdent un intérêt comparable à celui de Jean-Christophe Rufin. Evidemment, la qualité de l’observation ainsi que la beauté du style ne sont pas pour rien dans la qualité de ce « Compostelle malgré moi ». On n’est pas académicien français par hasard.

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, Folio, 278 pages, 7€

 

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Libérez Tombouctou !

Broché: 256 pages Editeur : TALLANDIER (26 février 2015)
Collection : Témoignage
Langue : Français
ISBN-13 : 979-1021008557
ASIN : B00MF8NZSE
Dimensions : 21,5 x 2 x 14,5 cm

 Libérez Tombouctou !

Il est dans la nature de beaucoup de raconter ce qu’ils ont vécu au cours de circonstances extraordinaires. Le colonel Frédéric Gout n’a pas fait exception à la règle en publiant ses souvenirs de guerre. Après quelques mois passés au Mali en début 2013 à traquer les combattants d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique), il a tenu à relater son expérience, de l’annonce de l’engagement au retrait des opérations. Commandant le groupe aéromobile au sein de la brigade Serval, Frédéric Gout plonge le lecteur au cœur de l’action. Plaisant à lire, le récit confirme l’excellence des matériels engagés ainsi que le professionnalisme des soldats engagés dans cette fameuse opération Serval, destinée à libérer le Mali de la menace islamiste. Le témoignage est vif. Comme tout bon militaire, le narrateur sait aller droit au but. A y regarder de plus près, il n’est pas impossible que ce qui fait la force du récit soit la source, pour une part, de certaines faiblesses qui, si elles ne sont pas rédhibitoires, laissent une étrange impression. Le lecteur habitué au récit des batailles d’autrefois doit s’y faire : la guerre d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’hier. Adieu les gros bataillons et bienvenue à de petits groupes supérieurement entraînés, capables de délivrer une terrible puissance de feu. Au-delà de ces changements d’ambiance et ces considérations tactiques, Libérez Tombouctou est de nature à perturber l’habitué des récits classiques. Sans qu’il faille remonter loin, on est loin de Paul Carrel (Ils arrivent) ou de Cornelius Ryan (La bataille de Berlin). Guerre de techniciens et de professionnels, la guerre au Mali est l’archétype de la guerre asymétrique et impersonnelle d’aujourd’hui, une guerre du faible au fort où le vainqueur final n’est pas toujours celui que l’on croit. A noter : ces figures de style agaçantes attachées à ce sabir politiquement correct qu’on utilise dans les armées : on ne doit plus dire « ennemi » mais « élément ». Un véhicule « impacté » signifie qu’il a été « détruit », et ainsi de suite…

 

Frédéric Gout, Libérez Tombouctou !, Tallandier, 2015, 256 pages, 18.90 €

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A la rencontre des Français

Broché: 320 pages Editeur : Le Cherche Midi (7 janvier 2015)
Collection : Documents
Langue : Français
ISBN-10 : 2749140501
ISBN-13 : 978-2749140506
Dimensions : 22 x 2,7 x 14,1 cm

 A la rencontre des Français

Comme un certain nombre d’hommes politiques, le député des Pyrénées Jean Lassalle est de plus en plus inquiet : les Français n’ont plus confiance en leur pays. Ils sont habités par un sentiment décliniste que rien ne paraît vouloir enrayer. Les causes de ce malaise sont diverses : beaucoup ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils sont nés et ont grandi. Désireux de prendre en compte la méfiance du peuple à l’égard des élus et des décideurs, Jean Lassalle a entrepris de réaliser un tour de France à pied pour aller à la rencontre des Français. Pour le député des Pyrénées, il devient urgent que le personnel politique quitte le confort des palais nationaux pour rencontrer les électeurs, à seule fin de les écouter. Que ce soit dans les cités dites sensibles ou dans les déserts ruraux, Jean Lassalle a eu le temps de sentir l’humeur maussade et pessimiste d’un peuple qui ne croit plus en son avenir. Il faut bien dire que le constat n’invite pas à l’optimisme. Bien sûr, avec son esprit gaulois, le Français a toujours été prompt à râler. Son insatisfaction chronique est un peu sa marque de fabrique. Le problème, c’est qu’ici l’ensemble de compteurs sont au rouge : paysans se débattant dans les dettes, France précaire des sans-emploi et des sans-dents, sentiment de résignation, peur d’une mondialisation privilégiant la finance, etc. Le marcheur a raison de mettre en avant ce qui subsiste – et qui n’est pas mince – de philanthropie et qui se vit en particulier dans le bénévolat et l’esprit associatif. Il n’empêche : même ces derniers paraissent en recul, le chacun pour soi et l’individualisme gagnant sans cesse sur l’esprit communautaire. Au fil de ces rencontres, du petit chef d’entreprise, au fonctionnaire, à l’agriculteur et au retraité, le lecteur découvre un paysage éclaté et désespérant, comme si les Français ne s’aimaient plus, comme s’ils avaient du mal à faire société. Certains, d’ailleurs, ne cachent pas le sentiment jusqu’au-boutiste qui les anime lorsqu’ils confient au député leur envie de « tout faire péter ». Une France disparaît, une autre naît. Devant tant d’incertitudes, les attitudes de repli n’ont rien de surprenant. Il était salutaire qu’un député prenne le pouls de cette France qui désespère, une France éloignée des centres de décision, là où, au contraire, souffle le vent plus optimiste des Français qui ne craignent pas la mondialisation.

 

Jean Lassalle, A la rencontre des Français, Le Cherche-Midi, 2015, 318 pages, 17 €

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Passion Kaboul

Broché : 355 pages
Editeur : CERF EDITIONS (25 septembre 2014)
Collection : HISTOIRE A VIF
Langue : Français
ISBN-10 : 2204098795
ISBN-13 : 978-2204098793
Dimensions : 24 x 1,9 x 15 cm

 Passion Kaboul – Le père Serge de Beaurecueil

Après ses biographies des pères Jaussen et Anawati, Jean-Jacques Pérennès, l’actuel directeur de l’Institut Dominicain des Etudes Orientales (IDEO), s’est intéressé à un autre membre de la prestigieuse équipe des fondateur de l’IDEO, au Caire : le P. Serge de Beaurecueil. Passant rapidement sur les jeunes années du P. de Beaurecueil, l’auteur le place vite dans le contexte où il va faire fructifier son talent. Alors que ses confrères dominicains s’intéressent à la langue arabe ou à la théologie musulmane, Serge de Beaurecueil choisit la mystique en étudiant les œuvres du grand mystique afghan Abdullah Ansari. Il en devient assez vite le spécialiste. Mais, alors qu’il vit une vie assez paisible au Caire, ne voilà-t-il pas qu’il ressent une irrépressible attirance pour le pays natal d’Ansari, l’Afghanistan. Le P. de Beaurecueil est alors âgé d’un peu plus de 45 ans. L’appel est si fort qu’après un premier séjour il décide de s’y fixer. L’Afghanistan de cette époque est un pays coupé du monde, pauvre, où traditions et coutumes ancestrales sont un frein puissant à toute tentative de réforme. Il en faudrait plus pour ralentir le désir de Serge de Beaurecueil, désireux de se faire Afghan au milieu des Afghans. Là où tout prosélytisme est interdit, il entretient d’excellents rapports avec les autorités politiques et religieuses de ce pays quasiment coupé du monde, englué dans les rets d’un islam très strict et les conflits inter-ethniques. A son arrivée, le P. de Beaurecueil est enseignant, puis directeur d’école. Cette activité n’aura qu’un temps car il est vite rattrapé par les réalités de ce pays pauvre, en particulier par le cas de ces gosses perdus qu’on trouve dans la rue. D’enseignant le P. de Beaurecueil va devenir éducateur et sa demeure accueillera bientôt une vingtaine de gamins de la rue. Là, sans prosélytisme, juste par amour, il devient ce grand-père qu’ils appellent « padar ». Devant quitter le pays après l’invasion soviétique, Serge de Beaurecueil quitte l’Afghanistan en 1983 ; il n’y reviendra plus. Une dernière rencontre avec ses orphelins, quelque vingt ans plus tard, lui permettra de prendre pleinement conscience de l’importance de l’œuvre qu’il a laissée là-bas, reprise depuis par l’un de ses pensionnaires. L’association « Afghanistan demain » poursuis l’œuvre du Padar : l’accueil et l’éducation des enfants laissé dans la misère. Merci au P. Jean-Jacques Pérennès d’avoir eu la belle idée de nous raconter la vie si pleinement et bellement donné du P. de Beaureceuil.

 

Jean-Jacques Pérennès, Passion Kaboul, Cerf, 2014, 355 pages, 24 €

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