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Recensions Religion

Islamologie et monde islamique

Broché : 432 pages
Editeur : Les éditions du Cerf (10 juin 2016)
Collection : Religions
Langue : Français
ISBN-10 : 2204104361
ISBN-13 : 978-2204104364
Dimensions : 15,5 x 3,2 x 24 cm

Il faut saluer ce livre,  sa hauteur de vue, bien loin de l’habituel prêt-à-penser déversé par une machine médiatique davantage prompte à l’emballement qu’à une réflexion sur le long terme. La spécialiste qu’est Marie-Thérèse Urvoy dit ce qu’est l’islam et ce qu’il n’est pas. Elle entend l’islam au sens de religion, bien avant l’Islam civilisation. L’énoncé de quelques têtes de chapitre donne le ton d’emblée : Vertu éthique et morale islamique, le statut de la femme en islam, la notion de communauté, etc. Les relations islamo-chrétiennes occupent plusieurs chapitres… dans lesquelles l’auteur n’hésite pas à pointer la naïveté de certains professionnels du dialogue, persuadés que, tout compte fait, le fossé entre islam et christianisme n’est pas aussi grand qu’on le dit. Dernière chose, et pas la moindre : l’auteur n’est visiblement pas adepte de la langue de bois. Elle entend démontrer le caractère totalisant de l’islam, religion qui embrasse d’un même coup sphère publique et sphère privée. Si la religion islamique nécessite le respect, on peut penser, comme l’auteur, qu’il existe entre elle et le christianisme d’irréductibles différences.

Marie-Thérèse Urvoy, Islamologie et monde islamique, Cerf, 2016, 431 pages, 34€

L’extrait : « Enfin il faut dire avec force qu’il n’y a pas de différence de nature entre ce que les médias appellent « islamistes modérés » et islamiste tout court, ou islamistes violents. La seule différence est de méthode […] » (p. 204)

 

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La guerre des intelligences

Broché : 250 pages
Editeur : JC Lattès (4 octobre 2017)
Collection : Essais et documents
Langue : Français
ISBN-10 : 2709660849
ISBN-13 : 978-2709660846
Dimensions : 22,5 x 2,7 x 14 cm

Pour Laurent Alexandre, il ne fait pas de doute que l’on ne pourra échapper au développement rapide et inéluctable de l’intelligence artificielle. On se fera une petite idée du basculement qui risque de s’opérer quand on songe que vers la fin du XXI° siècle il est possible que les machines aient conscience de n’être… que des machines. Ce serait une révolution majeure. Le but de Laurent Alexandre est de faire prendre conscience du changement de civilisation qui va arriver. D’après lui, il ne faut pas s’en effrayer. Tout au moins nous faut-il prendre conscience de la place grandissante de l’intelligence artificielle dans nos vies. Pour l’auteur, si l’homme veut rester concurrentiel, il lui faut dompter l’intelligence artificielle, s’en servir afin de toujours conserver un temps d’avance. Il imagine par exemple l’appoint de l’IA en matière d’éducation. Pourquoi ne pas s’en servir pour doper notre intelligence et augmenter notre QI ? Ce disant, l’auteur laisse entrevoir les bouleversements moraux et éthiques qui vont advenir. Que deviendront ceux qui refusent de booster leur QI en augmentant leurs capacités par des puces ou des connexions ? Si l’auteur demeure serein, il y a de quoi effrayer ceux qui estiment proche la venue du « meilleurs des mondes ».

Laurent Alexandre, La guerre des intelligences, J.-C. Lattès, 2017, 339 pages, 20.90€

L’extrait : « Dans les livres d’histoire, le XX° siècle fera figure de période assez calme et terne – quoique pleine de bruit et de fureur – comparée au siècle suivant. Une simple période vers une période d’accélération qui va laisser l’humanité clouée sur son siège. » (p.14)

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Comment notre monde a cessé d’être chrétien

Broché : 288 pages
Editeur : Le Seuil (1 février 2018)
Collection : La Couleur des idées
Langue : Français
ISBN-10 : 2021021297
ISBN-13 : 978-2021021295
Dimensions : 14,1 x 2 x 20,6 cm

Du concile Vatican II et de ses suites, il ne pouvait, jusqu’à présent, s’agir que d’un monde en blanc ou en noir. Conciliaire, on ne trouvait au concile et à ses suites que des mérites ; traditionaliste, on jugeait avec mépris ses imprudences. En historien et en sociologue, Guillaume Cuchet donne du concile une nouvelle approche. Autant il juge qu’il a été nécessaire, autant il pense que l’analyse de ses fruits a été biaisée. Dans une première partie, l’auteur dresse l’état de l’Eglise dans la France de l’après-guerre à partir de l’enquête sociologique réalisée par le chanoine Fernand Boulard ; le taux de pratique se situe alors autour de 45 %. 1965, l’année de la dernière session du concile, marque selon l’auteur le début de l’effondrement dans lequel l’Eglise se débat encore. Au-delà des dates et du constat, ce qui attire l’attention dans le livre de G. Cuchet est l’examen qu’il fait des causes de la rupture. Insistons : chez lui, pas de critique quant à la nécessité du concile ainsi qu’à l’égard des textes. Ce sont plutôt les facteurs psychologiques qui ont joué. Avec un niveau d’exigence orienté à la baisse, une mise en sourdine de la pastorale des fins dernières et la désinstallation d’un système séculaire, le contrecoup allait être inéluctable. Comme l’écrit l’auteur, « la sortie de la culture de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel a joué un rôle capital » (p. 213)

Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Seuil, 2018, 283 pages, 21€

L’extrait : « J’aurais tendance à dire personnellement que le concile a non pas provoqué la rupture (en ce sens qu’elle n’aurait pas eu lieu sans lui), mais qu’il l’a déclenchée tout en lui donnant une intensité particulière. » (p. 272)

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Le cardinal Marty : 1904-1994

Broché : 372 pages
Editeur : Cerf (25 mai 2017)
Collection : HISTOIRE
Langue : Français
ISBN-10 : 2204103845
ISBN-13 : 978-2204103848
Dimensions : 24 x 2,9 x 15,5 cm

 Mgr François Marty, 1904-1994

Plein feu sur une figure éminente de l’Eglise en France après le concile Vatican II

Le cardinal Marty fait enfin l’objet d’une biographie mettant à l’honneur l’homme et le prêtre qu’il était. Né dans ce Rouergue dont il se plut à conserver toute sa vie l’accent rocailleux, François Marty monte rapidement les échelles de la hiérarchie. Evêque de Saint-Flour, archevêque de Reims, c’est durant sa période d’épiscopat dans la capitale qu’il donne toute sa mesure avec ce mélange de bon sens, de bonhommie mais aussi de candeur et d’approche approximative des problèmes. Il faut accorder un bénéfice à Mgr Marty. A l’instar de nombreux prélats français de l’époque, il n’était pas forcément préparé à affronter la tempête qui allait secouer la société, l’Eglise ainsi que la plupart des institutions : l’inexorable montée de l’individualisme et du consumérisme, la contestation issue de Mai 68, la querelle intégriste avec l’occupation de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, etc. L’auteur montre bien comment Mgr Marty, avec des idées toutes faites sur la société et l’Eglise, avait du mal à comprendre les temps nouveaux. Il mit du temps, par exemple, à se défaire de ses idées relatives à la pastorale d’ensemble dont il était l’un des principaux promoteurs. De même, il tarda à comprendre l’affaiblissement des mouvements d’Action Catholique. Néanmoins, grâce à sa simplicité, sa personnalité attachante, ses talents d’organisateurs, son souci du monde de l’incroyance, le cardinal Marty constitue une des figures de proue de l’Eglise de France en ces années post-conciliaires. La biographie passionnante qu’en donne Olivier Landron, toujours facile et plaisante à lire, comble un oubli. Au fond, le cardinal Marty fut l’un des premiers à tenter de garder un cap menacé de toutes parts par les trépidations d’une société ayant largué ses repères et s’offrant sans retenue à la toute-puissance du marché.

 

Olivier Landron, Le cardinal Marty, Cerf, 2017, 358 pages, 24€

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Monsieur Onfray au pays des mythes : Réponses sur Jésus et le christianisme

Broché : 160 pages
Editeur : Salvator (25 mai 2017)
Langue : Français
ISBN-10 : 2706715413
ISBN-13 : 978-2706715419
Dimensions t: 20 x 1,2 x 13 cm

 Monsieur Onfray au pays des mythes

En lisant Décadence, Jean-Marie Salamito, professeur de christianisme antique, n’en croyait pas ses yeux. Etait-il possible que le créateur de l’Université populaire de Caen, auteur de dizaines de livres traitant de la philosophie et de son histoire, pût accumuler autant d’erreurs et d’approximations ? Le tout, asséné avec la certitude de celui qui sait et qui entend jouer les redresseurs de torts. On ne va pas répéter ici tout le mal que l’on pense du pavé de Michel Onfray, les colonnes de Voix du Jura ayant longuement disserté, au cours de l’été, sur la légèreté intellectuelle de Michel Onfray. Il n’en demeure pas moins que Jean-Marie Salamito enfonce le clou. Il le fait à propos du domaine et de l’époque dont il est spécialiste : le christianisme des origines, le christianisme ancien. J.-M. Salamito déconstruit une part notable du travail d’Onfray, critiquant d’abord le peu de sérieux avec lequel l’auteur de Décadence a bâti sa bibliographie, s’appuyant exclusivement sur des livres anciens, tendancieux, largement remis en cause par les avancées de la recherche exégétique. Il répond ensuite point par point aux attaques les plus virulentes d’Onfray, par exemple sur saint Paul, considéré par ce dernier comme un cas quasi-pathologique. Pour Onfray, il est évident que Paul était un névrosé, un malade vivant priver les chrétiens d’une vie sexuelle dont lui-même était privé. Or, écrit Salamito, « si Paul avait été aussi malade, tordu, débile, détraqué et mal intentionné que le prétend Onfray, il n’aurait jamais eu la force d’entreprendre tous les voyages ni de supporter toutes les tribulations que les documents attestent, il n’aurait trouvé personne pour l’écouter, personne pour se laisser persuader par lui, et nous ne serions pas, deux millénaires après sa mort, en train de disserter sur sa personnalité et sa doctrine. » (p. 49). Et vlan !

 

Jean-Marie Salamito, Monsieur Onfray au pays des mythes, Salvator, 2017, 160 pages, 15€

 

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Allons aux faits

Broché : 256 pages
Editeur : Gallimard (3 octobre 2016)
Collection : HORS SERIE CONN
Langue : Français
ISBN-10 : 2072699363
ISBN-13 : 978-2072699368
Dimensions : 20,5 x 2,1 x 14 cm

 Allons aux faits

Pourquoi ce livre ? Régis Debray en donne la raison en 4ème de couverture : « En me donnant un micro pour deux séries d’interventions, l’une sur l’histoire, l’autre sur la religion, France Culture m’a permis de résumer et clarifier les travaux que je mène depuis maintes années sur diverses affaires temporelles et spirituelles. » Voilà pour le cadre. En effet, pour qui suit à peu près régulièrement Régis Debray, les sujets abordés dans Allons aux faits saisissent à frais nouveaux ses thèmes de prédilection : l’histoire du politique et de l’art, le sacré, la croyance, Dieu, la religion, etc. Soit une douzaine de chapitres dans lesquels l’auteur de Jeunesse du sacré n’hésite pas à renverser les perspectives, à bousculer des schémas que l’on croyait fermement assurés. Avec Régis Debray, et c’est son intérêt essentiel nous semble-t-il, tout est mouvant, tout prête à discussion, rien n’est figé. Il faut ici citer le sous-titre, qui est tout un programme et qui révèle la tournure d’esprit d’un intellectuel de haute volée toujours prêt à ébranler les fondations, à gratter le vernis afin de mieux voir l’essence des choses : « Croyances historiques, réalités religieuses ». Pour R. Debray, ce n’est pas un oxymore ou alors c’en est bien un, mais qui ouvre sur une réalité multiple et diffuse. Regardez, dit-il, combien les croyances sont essentielles pour l’histoire ; il n’est qu’à voir l’histoire de l’empereur Constantin par qui le christianisme a gagné le droit de citer au sein de l’Empire romain. Quant à la religion – qui n’est pas à confondre avec la foi ou la croyance -, elle est une réalité plus solidement ancrée que ne le croit l’occidental, lui qui a rompu avec le monde de la tradition. Feu d’artifices intellectuel, Allons aux faits constitue une excellente analyse d’une époque durant laquelle, selon l’expression du philosophe Zygmunt Bauman, tout devient liquide.

 

Régis Debray, Allons aux faits, Gallimard, 2016, 254 pages, 18€

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Le livre de Job

Relié : 143 pages Editeur : Cerf (8 avril 2016) Collection : Mon ABC de la Bible Langue : Français ISBN-10 : 2204106194 ISBN-13 : 978-2204106191 Dimensions : 19,5 x 1 x 12,5 cm
Relié : 143 pages
Editeur : Cerf (8 avril 2016)
Collection : Mon ABC de la Bible
Langue : Français
ISBN-10 : 2204106194
ISBN-13 : 978-2204106191
Dimensions : 19,5 x 1 x 12,5 cm

 Le livre de Job

Les Editions du Cerf ont mille fois raison de proposer cette collection très pédagogique des ABC de la Bible. En un temps où la culture tirée de la Bible ne va plus de soi, mieux vaut s’approprier la lecture de cette vaste bibliothèque qu’est la Bible à l’aide de mouvements concentriques tendant à se rapprocher toujours un peu plus du noyau dur. Avec pédagogie, le P. Bertrand Pinçon, professeur d’exégèse de l’Ancien Testament, propose un parcours d’un peu plus d’une centaine de pages dans un des livres les plus célèbres du Premier Testament. Même les non-spécialistes n’hésitent pas à s’approcher du livre de Job, ce que fait par exemple Didier Decoin dans son superbe Dictionnaire amoureux de la Bible. Il est vrai que ce livre pose une question qui existe depuis toujours, LA question : Comment se fait-il que Dieu tolère la souffrance de l’innocent ? Cette question, combien de croyants, dans les camps ou autres lieux de mort et de torture, se la sont posée. Dieu serait-il à ce point sourd à la souffrance de ses enfants ? Et « comment justifier qu’un malheur puisse atteindre si gravement un innocent ? » (p. 131) En de courts chapitres, l’auteur tente de répondre aux questions qui, depuis fort longtemps, tarabustent le croyant. Si le livre de Job traite essentiellement le problème du mal, il touche, incidemment, à d’autres thèmes tout aussi forts comme le silence de Dieu devant la souffrance de l’innocent, sa souveraine liberté devant la justice comme face à l’injustice, etc. A travers la « relation tumultueuse que l’homme blessé entretient avec son Dieu » (p. 10), le livre de Job ne donne pas de réponse à la question du mal, d’où notre malaise devant un Dieu qui ne répond pas directement aux questions que pose Job : Pourquoi, Seigneur, fais-tu souffrir le juste, sans cause ni raison ? En donnant la parole à la Création, Dieu parvient à apaiser l’angoisse de Job. L’essentiel est ceci : Jamais Dieu ne laissera tomber l’homme.

Cette synthèse fort réussie fait honneur à la collection des ABC de la Bible.

 

Bertrand Pinçon, Le livre de Job, Cerf, 2016, 149 pages, 14€

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Gouverner au nom d’Allah

Broché : 160 pages Editeur : Gallimard; Édition : 01 (10 octobre 2013) Collection : HORS SER CONNAI Langue : Français ISBN-10 : 2070142892 ISBN-13 : 978-2070142897 Dimensions : 20,5 x 1,4 x 14 cm
Broché : 160 pages
Editeur : Gallimard; Édition : 01 (10 octobre 2013)
Collection : HORS SER CONNAI
Langue : Français
ISBN-10 : 2070142892
ISBN-13 : 978-2070142897
Dimensions : 20,5 x 1,4 x 14 cm

 Gouverner au nom d’Allah

Bien souvent, ce sont les intellectuels occidentaux qui écrivent sur l’islam. Le premier intérêt de Gouverner au nom d’Allah vient de ce que l’auteur est un écrivain algérien vivant en Algérie. Si on le sent très méfiant à l’égard de l’islamisme, il tâche d’en décrire la montée le pus objectivement possible. Avant cela, il donne une vue d’ensemble de l’islam, avec ses courants, ses schismes, ses chapelles… Il s’interroge ensuite sur la nature de l’expansionnisme musulman aisi que sur les vecteurs sur lesquels il s’appuie : courants religieux radicaux, médias, universités, émigration… Religion jeune, dynamique, en expansion, l’islam est de plus en plus travaillé par l’islamisme, sa version rigoriste dont une partie des membres – les salafistes – souhaite le retour à la communauté primitive, celle qui entourait Mahomet. Pour l’auteur, le monde musulman se trouve à la croisée des chemins, tiraillé de tous côtés par des aspirations contraires : modernité contre rigorisme, liberté de conscience et contre coercition, liberté de religion contre conformisme, désir de copier l’Occident tout en maintenant ses particularismes, etc. Si nombreux sont les musulmans à réprouver la violence islamiste, il n’est pas certain qu’ils en rejettent le programme. Boualem Sansal insiste sur le fait que, bien que soumis à la publicité déplorable qu’en fait l’islamisme, l’islam demeure en ascension constante. S’il en cherche les cases au sein du monde musulman, peut-être minore-t-il excessivement la perméabilité du monde occidental qui, après avoir largué ses croyances ancestrales, submergé par le consumérisme, n’a plus guère d’anticorps. Une religion aussi assise que l’islam donne sens à sa vie ; c’est autre chose que l’épuisement contemporain pris entre consommation et illusion technologique. Tant est si bien que l’auteur a raison, à la fin, de se poser la question : pour qui l’islamisme est-il un problème, pour l’Occident ou le monde musulman ? Au total, un petit livre instructif et facile à lire.
Boualem Sansal, Gouverner au nom d’Allah, Gallimard, 2013, 156 pages, 12.50€

 

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Un silence religieux

Broché : 208 pages
Editeur : SEUIL (7 janvier 2016)
Collection : H.C. ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2021298396
ISBN-13 : 978-2021298390
Dimensions : 20,5 x 2 x 14 cm

 Un silence religieux

Depuis les attentats parisiens de l’an passé, combien de fois n’avons-nous pas entendu cette ritournelle : « Ca n’a rien à voir avec l’islam » ? Une partie notable de la gauche a tout fait pour dénoncer par avance tout lien, aussi ténu fut-il, entre l’islam et les terroristes de Charlie Hebdo et du Bataclan. Or, corrige Jean Birnbaum, il faut le dire haut et fort : tout cela a à voir avec l’islam ! Tout bonnement parce que les terroristes se réclament de l’islam, même s’il s’agit d’une version dévoyée ; et ensuite parce qu’il se trouve que, sur la planète, l’islam génère beaucoup d’excès terroristes. Si l’énorme majorité des musulmans ne se sent en rien solidaire des djihadistes, il n’en reste pas moins que ces derniers n’ont de cesse d’appeler au retour de l’islam des origines. C’est bien l’islam qui est concerné, non le judaïsme ou le christianisme ! L’auteur reproche à la gauche de s’aveugler par idéologie et par esprit de repentance. Bien des gens de gauche n’osent pas voir ce qu’ils voient parce qu’ils sont habités par un sentiment de culpabilité. La conséquence en est le vaste déni dont la religion continue à être l’objet : on explique le terrorisme par des causes de nature économique et sociale, jamais religieuse. Les Kouachi et autres Coulibali sont traités de barbares et de psychopathes, des qualificatifs qui permettent d’écarter toute référence à la foi. Le fait majeur, explique l’auteur, « c’est la réticence qui est la nôtre, désormais, à envisager la croyance religieuse comme causalité spécifique, et d’abord comme puissance politique : on adhère spontanément aux explications sociales, économiques ou psychologiques ; mais la foi, personne n’y croit. » (p. 23) Il faut croire que le réel du croyant n’est pas le même que celui de l’homme politique ou du journaliste. La foi conserve un pouvoir de mobilisation que la laïcité – ou, parfois, le laïcisme – ne permet plus de voir. En revisitant la guerre d’Algérie et la pensée marxiste, Jean Birnbaum offre une explication pertinente à un phénomène qui se généralise et dont l’essentiel tient en la confrontation brutale entre l’humanisme socialiste et le fondamentalisme islamiste. Passionnant !

 

Jean Birnbaum, Un silence religieux, Seuil, 2016, 234 pages, 17€

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L’avenir de Dieu

Broché : 286 pages
Editeur : CNRS (1 octobre 2015)
Collection : HISTOIRE
Langue : Français
ISBN-10 : 2271086671
ISBN-13 : 978-2271086679
Dimensions : 22 x 2,3 x 14 cm

 L’avenir de Dieu

Un livre signé Jean Delumeau suscite toujours l’intérêt. Sans déroger à cette règle, L’avenir de Dieu se signale par un autre caractéristique. Aujourd’hui âgé de 93 ans, Jean Delumeau évoque la possibilité que cet ouvrage soit son dernier. C’est la raison pour laquelle il s’attache ici à revenir sur les aspects principaux de son œuvre, les domaines dans lesquels il a poussé le plus loin sa recherche. Jeune historien, Jean Delumeau s’est intéressé au départ à l’alun de Rome, cette matière naturelle permettant aux teinturiers du Moyen Age finissant et de la Renaissance de fixer les couleurs. Puis, de fil en aiguille, un peu par hasard, il va s’intéresser à ce qui va constituer son grand œuvre, l’histoire des mentalités religieuses dans l’Occident médiéval dont il occupera la chaire au Collège de France. Si le champ d’exploration de l’auteur concerne les siècles passés, il n’en reste pas moins que l’emprunte de l’évolution des mentalités religieuses connaîtra une influence qui résonnera durant les siècles postérieurs. Certaines explications données par J. Delumeau demeurent encore d’actualité, par exemple pour expliquer la déchristianisation. L’image d’un Dieu punisseur et vengeur, dont on trouve encore des traces au début du XX° siècle, explique-t-elle en partie la rapidité de la déprise du christianisme dans nos sociétés ? Si on suit l’historien, c’est très possible. De même l’iconographie de la Vierge au grand manteau constitue-t-elle l’élément le plus visible du système d’assurance que s’était donné un peuple chrétien angoissé par son salut. L’avenir de Dieu est aussi l’occasion de revenir sur un de ses ouvrages phares, La peur en Occident, afin d’en distinguer initiateurs et destinataires. La diffusion de la peur fut davantage perçue dans les classes privilégiées et les prédicateurs lui attribuèrent une importance excessive. On sait que la peur ne suffit pas, loin de là, à faire des croyants conséquents. Autres chapitres passionnants, ceux concernant la localisation du paradis, paradis que les aventuriers, à commencer par Christophe Colomb, se faisaient fort de dénicher.

Pour modeste qu’il soit dans sa pagination par rapport à des livres comme Le péché et la peur, L’avenir de Dieu possède la pertinence des meilleures synthèses : raconter l’essentiel de façon simple et en peu de pages. Pari tenté et pari réussi !

 

Jean Delumeau, L’avenir de Dieu, CNRS Editions, 2015, 286 pages, 24€